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LA COLLECTION
ROBERT CHARROUX

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HELENA P. BLAVATSKY
ou la Réponse du Sphinx
de Noël Richard-Nafarre — Biographie
Prologue d'Alexandre Moryason

 

Introduction à la seconde édition :

N NOVEMBRE 1990, Alexandre Moryason nous demandait de publier une biographie, historiquement fondée, de Madame Blavatsky. Il nous faisait l’honneur de nous écrire :

« Vous avez l’intégrité de l’historien, liée à l’absence d’a priori partisan envers la Fondatrice de la Société Théosophique. Ce sont là les qualités indispensables à l’élaboration d’une biographie sérieuse, devant effacer, pour le public français du moins, une récente parution sur la vie d’H.P.B., parution des plus fantaisistes qui, si n’était la gravité de l’enjeu impliqué, ferait rire. De vos propres recherches et de l’issue que prendra le débat dans votre ouvrage – je gage qu’il sera heureux – dépendra, j’en suis certain, une appréhension, autre que celle qui a prévalu à ce jour, des Sources de la Tradition Ésotérique… »

En réponse à cette suggestion, liée à un projet cinématographique réclamant une enquête soigneusement documentée sur le personnage, nous avons donc entrepris d’écrire cet ouvrage. Nous le devions bien à « la vieille Dame », dont les oeuvres nous enseignent depuis vingt-cinq ans, quoique les avatars de l’histoire théosophique n’eussent guère retenu notre attention jusqu’alors(1)

Singulière entreprise que celle d’évoquer la mémoire d’Helena Petrovna Blavatskaïa (1831-1891). Peu d’individus occupent une place égale à celle qu’elle s’est acquise dans l’histoire de la pensée et de l’aventure humaine, au sens le plus noble du terme. Aucun, pourtant, ne fut aussi tôt enveloppé dans les voiles d’un oubli « pudique », au-delà du cercle de ses « fidèles ». Encore ceux-ci se sont-ils souvent distanciés de « la fondatrice ».

Un journaliste anglais pouvait écrire en 1888 :

– « Personne ne s’aventurera à affirmer qu’il existe une autre femme aussi connue qu’elle dans le monde entier ! »

De grands littérateurs du temps font écho à cette célébrité. Or nul n’est aujourd’hui plus ignoré.

Le dialogue que peut avoir avec son entourage le biographe téméraire qui se lance sur ses pas, tient en général en ce propos :

– une biographie de Madame Blavatsky… ?
– Peut-être ne la connaissez-vous pas ?
– Non.
– Connaissez-vous Alexandra David-Neel ?
– Oui, certainement.

Tout est dit...

Il faut alors, en quelques mots, expliquer à l’interlocuteur qu’un demi-siècle avant « Le Voyage d’une Parisienne à Lhassa », une Russe n’avait pas seulement foulé les terres interdites des vallées himalayennes mais fut aussi admise dans les sanctuaires les plus inaccessibles, non pas ceux du Lamaïsme exotérique mais ceux où la tradition secrète du Bouddhisme Mahâyâna est enseignée au petit nombre. À cet Enseignement là, compte tenu de l’accueil qui lui fut fait et au sort réservé à son émissaire, il est probable que bien peu eurent accès ensuite —  du moins avec l’autorisation d’en faire état.

C’est que de redoutables contempteurs ont très tôt contesté à Mme Blavatsky son Initiation et l’accès à l’Enseignement ésotérique qui s’y rattache. Cela fut fait dans les termes les plus diffamants, notamment par René Guénon et le Docteur Gérard Encausse (“Papus”), deux grandes références (opposées) de la Tradition ésotérique occidentale, au début de ce siècle.

Il est compréhensible qu’afin de demeurer « fréquentable », Alexandra David-Neel n’ait presque jamais mentionné le nom de sa devancière, sauf en quelques lignes où elle jette sur l’aventure spirituelle de celle-ci quelques mots de discrédit : elle laisse entendre, subtilement mais clairement, que les « Maîtres de Madame Blavatsky » sont inconnus au Tibet et que cette dernière n’est qu’une « farceuse irrévérencieuse » dont le crédit semblerait tenir, selon les autochtones, à une surprenante « naïveté » des Occidentaux(2)

Pourtant, Mme David-Neel emprunte le sillage et l’audience de sa devancière, celle, en l’occurrence, de la Société Théosophique, fondée par Mme Blavatsky, en 1875. Elle s’inscrit dans ses rangs par deux fois, en 1892 et 1911. Le visage et les écrits de « la Parisienne à Lhassa » vont se substituer, dès lors, à celui d’H.P.B. L’épaisseur du silence vient rassurer la pensée conventionnelle, laquelle préfère toujours le confort de l’oubli à la remise en cause de ses repères.

Beaucoup ignorent encore, aujourd’hui, que rien ne peut subsister des arguments spécieux employés par les « ténors » de l’ésotérisme et de l’orientalisme prétendus « orthodoxes » du début de siècle. Le portrait qu’ils ont dressé d’une « mystificatrice » a vu ses couleurs faner au fur et à mesure que les progrès dans la connaissance des religions orientales ont redonné crédit à l’extraordinaire œuvre écrite, en même temps qu’au périple initiatique d’H.P.B.

Les meilleurs spécialistes de la Tradition tibétaine, certains dans la haute hiérarchie du Bouddhisme, lui ont rendu un hommage dépourvu d’ambiguïté. Telle fut l’attitude du sixième Panchèn-Lama, Lobsang Tub-Ten Cho-gyi Nyima, la plus haute autorité religieuse au côté du Dalaï-Lama (en 1927),du Lama Kazi Dawa Samdup, membre érudit du conseil du Dalaï-Lama (1933) et co-traducteur du Bardo Thödol, du Dr. D. T. Suzuki, propagateur du Bouddhisme Zen (1907). Leurs propos viendront en temps voulu illustrer l’étendue d’une diffamation dont la bassesse n’avait pour excuse que l’ignorance. Ce qui est singulier est que ses auteurs passent encore pour des références spirituelles — tel René Guénon — et des modèles d’érudition.

A ces mises au point tardives s’ajoute le désaveu total des conclusions qu’avait rendues la Société d’Etudes Psychiques de Londres (S.P.R.), en 1885. Celles-ci avaient jeté le plus complet discrédit sur la personne et les œuvres d’Helena Blavatsky. C’est pourtant l’organe même de la S.P.R. qui rendait compte, en 1986, de la remise en cause radicale des conclusions hâtives émises, un siècle plus tôt, par le trop fameux « rapport Hodgson », lequel dénonçait  en elle une faussaire.

 Enfin, à la suite des travaux récents du tibétologue David Reigle, les sources authentiquement tibétaines de « La Doctrine secrète » de Mme Blavatsky apparaissent assez nettement établies.

Cependant, les attaques antérieures ont été sans cesse répercutées par des biographes peu consciencieux et ignorant tout de l’actualisation de ces questions. La plus importante encyclopédie de langue française pouvait encore, avant que correction ne soit récemment apportée à l’article sur la Théosophie, s’inscrire dans la perspective guénonienne.

La totale inanité de l’attaque menée par René Guénon contre Helena Blavatsky et son œuvre fera l’objet, comme le Rapport Hodgson, d’un appendice séparé de cette narration, tant il est nécessaire que soit rétablie une vérité.

Pour cette seconde édition, nécessité était de tenir compte d’actualisations récentes des questions afférentes à la biographie d’H.P.B. Signe des temps, des documents sont exhumés en Russie. Deux œuvres majeures ont aussi vu le jour chez les spécialistes de la question. L’une est le livre magistral de Mrs Sylvia CRANSTON : « H.P.B., The Extraordinary Life and Influence of Helena Blavatsky, Founder of The Modern Theosophical Movement », l’autre est le livre de M. Paul JOHNSON, « In Search of the Masters Behind the Occult Myth », édité à compte d’auteur et qui nous était venu trop tard en mains pour que nous pûmes l’utiliser dans notre première publication.

Ces ouvrages n’ont pas modifié notre point de vue mais enrichissent considérablement la documentation afférente. Dans le cas de l’ouvrage de Mrs Cranston, il s’agit d’une une lecture indispensable à quiconque veut mesurer l’importance de l’œuvre de Mme Blavatsky.

Notre livre a ses limites, délibérées quoique frustrantes. Il s’adresse au grand public et non aux spécialistes. Ses objectifs devaient donc être fixés en deçà des questions qui pourraient n’intéresser que ceux-ci, lesquelles sont néanmoins prises en compte par l’auteur pour donner sa version des faits et sont discutées en notes.

Narration donc, avant tout, que cette biographie. Car, si la stature d’Helena Blavatsky prend sa véritable dimension à travers son oeuvre écrite de près de quinze mille pages imprimées — discours d’Instructeurs dont elle se présente comme simple porte-parole —, sa vie est l’une des aventures humaines les plus étonnantes que l’on puisse raconter. C’est cette épopée que ce livre tâche de retracer, tant dans sa dimension psychologique qu’anecdotique.

Nous ne prétendons par conséquent aucunement donner ici une étude de la pensée de Mme Blavatsky et moins encore une Histoire de la Société Théosophique. Nous n’ignorons pas quelles limites ce choix apporte à notre ouvrage. A maints égards, en effet, la vie d’« H.P.B." se confond avec son œuvre, depuis 1875 jusqu’à sa mort.

Il nous est toutefois apparu que c’est de l’étude précise de ses faits et gestes que pouvait surgir sa crédibilité ou, tout au contraire, sa remise en cause. Le lecteur sera donc seul juge face aux sources, quel que puisse être le parti que prend notre argumentation. L’optique même de ce récit dépendant des positions adoptées face à certains problèmes, il importait que des appels de notes (marqués en italiques) renvoient, en fin d’ouvrage, à un appareil critique qui aborde ces questions (les autres notes étant les seules références bibliographiques).

Certains problèmes sont évoqués par des renvois en bas de page. Nous avons fait ce choix lorsque le contexte demandait à être aussitôt commenté, qu’il s’agisse d’un point de vocabulaire ou d’une ambiguïté notoire face à laquelle notre optique appelait une justification immédiate que nous ne pouvions éluder.

Enfin, trois appendices abordent les questions de fond dont le lecteur soucieux des sources souhaitera aborder le débat : la « prestigieuse » diffamation de René Guénon,  la remise en cause du rapport Hodgson par la S.P.R. et la prétendue identification des Maîtres de Mme Blavatsky par M. P. Johnson.

La difficulté que l’on rencontre dans la découverte du vrai visage d’H.P.B. est bien évoquée dans les termes d’un article paru, de son vivant, dans le New York Times du 2 janvier 1885. Un journaliste y fait à son sujet une remarque d’un intérêt notable sous la plume d’une personne qui ne fut nullement engagée à ses côtés :

« Dans notre pays, ceux qui la connaissent peu la traitent invariablement de charlatan. Quand on la connaît un peu mieux, on la prend pour une enthousiaste, savante, mais égarée. Et ceux qui l’ont connue intimement, et qui ont eu le bonheur d’être ses amis, étaient transportés d’admiration et croyaient à ses pouvoirs, ou bien ils étaient profondément intrigués; et plus leur intimité se prolongeait, plus leur foi était grande ou profonde leur perplexité. Celui qui écrit ses lignes était parmi ces derniers.»

(Loc. cit in "La vie extraordinaire de Mme Blavatsky"
A.P. Sinnett - Paris, Adyar, 1972, p. 162.)

L’on peut s’efforcer à l’objectivité face aux faits; ce sera notre préoccupation constante. Cependant, leur interprétation est affaire de conscience et de sensibilité personnelles. Oserons-nous dire d’intuition ?

A cet égard, nul ne pouvait nous faire un plus grand honneur qu’Alexandre Moryason en acceptant de donner un prologue à cet ouvrage. Traducteur de Franz Bardon et auteur dont le maître livre, la Lumière sur le Royaume, rencontre une audience croissante et respectée dans le domaine de l’Ésotérisme, il lui revenait bien mieux qu’à nous de situer la personne d’Helena Blavatsky dans la perspective de la Philosophie Occulte, tandis que ces lignes retraceront plus modestement son aventure humaine.

REMERCIEMENTS

Sans la remarquable documentation qu’avait rassemblée Mary K. Neff, archiviste de la Société Théosophique, à Adyar, le fil d’Ariane nous eût manqué pour pénétrer l’imbroglio de la carrière d’H.P.B. Tout cet ouvrage lui est redevable des années de recherches qu’elle effectua sur les sources théosophiques aux Indes (cf. Personal Memoirs of H. P. Blavatsky – Mary K. Neff - Londres, Rider & Co, 1935).

Nous tenons à remercier la Société Théosophique de France pour l’assistance de tous les instants qu’elle a bien voulu nous apporter afin de faciliter notre accès à la bibliographie et à l’iconographie qui documentent ce livre. Notre reconnaissance va singulièrement à M. Michel Caracostea pour les conseils prodigués sans, toutefois, qu’il soit caution de nos choix. À M. Michel Chapotin, nous devons tout de nos ressources iconographiques et à l’obligeance de Mme Caracostea, Présidente, d’avoir pu en faire gracieusement usage.

Nous tenons aussi à remercier chaleureusement la Loge Unie des Théosophes, en la personne de M. et Mme Le Blois, qui nous ont apporté un précieux concours en nous facilitant l’accès aux recherches sur l’influence de l’oeuvre de Mme Blavatsky, lesquelles font l’objet de l’épilogue de ce livre et dont l’essentiel est à mettre au crédit des travaux de Mrs S. Cranston (op. cit. supra).

À tous ceux de nos amis qui nous ont assisté dans des tâches souvent ingrates, à Éric Schlumberger qui nous a apporté ses encouragements, à Alexandre Moryason plus qu’à tout autre, ce livre doit d’avoir vu le jour.


(1) Nous ne sommes membre d’aucune Société Théosophique. Après la sortie de la première édition de ce livre, nous étions devenu membre de la Société Théosophique de France mais avons très tôt mis un terme à cette affiliation.
(2) Voir la citation à la page 568 (Épilogue).

 



TABLE DES MATIERES

Introduction
Prologue d'Alexandre Moryason
   
Chapitre I La Sedmitchka
Chapitre II Les plaines de la Volga
Chapitre III L'enfant médium
Chapitre IV Aux pieds du Sphinx
Chapitre V Le Maître
Chapitre VI Les mystères du Nouveau Monde
Chapitre VII L'Inde attendue
Chapitre VIII Les marches du Tibet
Chapitre IX Le retour de l'enfant prodige
Chapitre X Tiflis
Chapitre XI Le plus proche Orient
Chapitre XII Auprès du Maître
Chapitre XIII Mourir à Mentana
Chapitre XIV Le mystère des Carpathes
Chapitre XV Le Mahatma « K. H. »
Chapitre XVI L'Égypte
Chapitre XVII Derniers jours dans le vieux monde
Chapitre XVIII L'immigrante
Chapitre XIX La rencontre
Chapitre XX La cause spirite
Chapitre XXI L'ombre de la mort
Chapitre XXII Le « Club des Miracles »
Chapitre XXIII La « Société Théosophique »
Chapitre XXIV La « Lamaserie »
Chapitre XXV Isis dévoilée
Chapitre XXVI Cagliostro au féminin
Chapitre XXVII Le grand départ
Chapitre XXVIII Mother India
Chapitre XXIX Amis et ennemis
Chapitre XXX L'heure des prodiges
Chapitre XXXI Les lettres des Mahatmas
Chapitre XXXII Adyar
Chapitre XXXIII Monts et merveilles
Chapitre XXXIV L'heure des traîtres
Chapitre XXXV L'étreinte de l'ombre
Chapitre XXXVI Le « rapport Hodgson »
Chapitre XXXVII L'exilée
Chapitre XXXVIII La Réponse du Sphinx
 
Épilogue
 
Appendice I R. Guénon et la diffamation de Mme Blavatsky
Appendice II Le désaveu du « Rapport Hodgson »
Appendice III La thèse de M. P. Johnson...
 
Bibliographie
Notes
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