| Les livres secrets appelés « Kiu-Té » |
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e premier volume d' « Isis Dévoilée » commence
par une allusion à « un vieux
livre, si vieux que nos antiquaires modernes pourraient indéfiniment
méditer sur ses pages, sans pouvoir se mettre d'accord au
sujet de la nature de ce tissu sur quoi il est écrit. C'est
la seule copie originale existant actuellement... »
[...] « Ce très vieux livre est
l'œuvre originale d'après laquelle furent compilés les nombreux
volumes de Kiu-Té... ».
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| Exemple de manuscrits tibétains
sous forme de pothi et de rouleau.
Le Kiu-Té, bien antérieur, a-t-il cette
apparence ?
Photographie de
Stein en 1907
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Ce livre, le Kiu-Té, était aussi celui auquel faisait fréquemment
référence le Maître Kout Houmi.
S'agissant de l'existence de cet ouvrage, Madame Blavatsky
se référa dans « La Doctrine Secrète », à un ouvrage
intitulé « Narratives of the Mission
of George Bogle to Tibet, and of the Journeys of Thomas Manning
to Lhasa » (édité en 1876-1879)
et écrit par C. R. Markham. C'est dans ce livre que figure
un appendice contenant la traduction de « Breve notizia
del regno del Thibet » (« Une
brève description du Royaume du Tibet ») écrite
en 1730 par le moine capucin Horatio Della Penna « p.
309 et suivantes » comme indiqué par H.P. Blavatsky elle-même.[1]
Or le « Livre
de Kiu-Té » était bien mentionné sous ce nom peu usité
dans l'ouvrage du missionnaire Della Penna, daté de 1730,
(lequel, en bon missionnaire catholique, ne cite celui-ci
que pour le tourner en dérision). Le Père Della Penna di Billi,
dit :« Ce Shakia Thupba [Bouddha]
restaura les Lois qui, selon eux, étaient tombées en désuétude,
et qui consistent maintenant [...]
en 106 volumes, dans lesquels les disciples de Shakia Thupba
consignèrent tout le contenu de ces livres après la mort de
leur maître, tel qu'il l'avaient entendu de sa bouche... ces
volumes se divisent en deux sortes de lois, l'un des deux
comportes 60 livres qui sont appelés les lois de Dote et l'autre,
qui consiste en 38 volumes, est appelé Kiute ».
Mais personne ne prit la peine de vérifier cette référence
d'H.P. Blavatsky, ce qui en dit long sur l'a priori négatif
que ses contemporains destinaient à ses écrits...
On a crié à l'imposture face aux allégations d'existence de cette
langue et de ce livre car les orientalistes ne semblaient connaître d'ouvrages
de ce nom !
Mais il est possible d'apporter aujourd'hui une réponse à cette
négation.
En effet, depuis l'invasion du Tibet par la Chine et le pillage de ses trésors
littéraires par les troupes de Mao Ze Dong, le transfert de nombre de manuscrits
du Canon bouddhiste a permis une nouvelle approche de leur étude de la part
du tibétologue David Reigle, sous le titre : « The Books
of Kiu-Te or the Tibetan Buddhists Tantras. A Preliminary Analysis » (Wizards Bookshelf, San Diego, 1983).
Or, c'est précisément ce « vieux livre », appelé « Kiu-Té »,
découvert et dénommé ainsi, en 1983, par le tibétologue, qui est la référence
de Mme Blavatsky, référence encore niée, seize ans après cette découverte
(1983-1999), par les détracteurs de cette dernière !
Comme l'écrit le tibétologue David Reigle : « Il est
maintenant facile de voir que les deux divisions, le Dote et le Kiute, sont
le Mdo-sde et le Rgyud-sde respectivement ; ou les divisions (sde) des
Sutra (mDo) et du Tantra (rGyud) de la parole du Bouddha, le Kanjur »[2]
Il s'agit donc des Textes tantriques — c'est-à-dire magiques
et de nature "yogique" qui constituent donc le rGyud-sde
(Kiu-te) au sein du premier élément du Canon Bouddhiste formé par le Kandjour.
H.P. Blavatsky donna des précision que l'origine de ce livre Kiu-Té
qui est, en fait, un ensemble, comprenant, entre autres, « Le Livre
de Dzyan ». Elle dit :
« Le Livre de Dzyan » du mot sanscrit « Dhyan »
(méditation mystique) est le premier volume des Commentaires des sept
volumes sacrés de Kiu-té (qui sont joints ensemble) et un glossaire des ouvrages
publics du même nom. On peut trouver en la possession des Gelugpa [...]
Lamas du Tibet, dans la bibliothèque de tout monastère, trente-cinq volumes
de Kiou-té, écrits dans des buts exotériques, à l'usage des laïques, et aussi
quatorze volumes de commentaires et d'annotations sur ces ouvrages, et qui
sont l'oeuvre des traducteurs initiés. [...] »
« D'autre part, les quatorze volumes des Commentaires avec leurs traductions, leurs annotations et un considérable glossaire de
termes occultes, tirés d'un petit volume archaïque, le Livre de la Sagesse
du Monde contiennent un digest de toutes les Sciences Occultes. Il
paraît qu'ils sont tenus cachés, sous la garde du Téshou Lama [Panchèn Lama]
de Tji-Gad-jé [Shigatsé]. Les livres de Kiu-té sont comparativement modernes,
car ils ont été publiés dans les dix derniers siècles, tandis que les premiers
volumes des Commentaires sont d'une incroyable antiquité, quelques fragments
des cylindres originaux ayant pu être conservés. »[3]
Ces indications forment un ensemble quelque peu complexe...
Résumons :
« Kiu-Té » dénomme un ensemble de livres qui comporte :
- 35 volumes accessibles à tous, de
nature, donc, « exotérique » ;
- 7 livres sacrés et secrets qui produisirent,
au cours des siècles, 14 volumes appelés « Commentaires »
-
Le premier de ces 14 Commentaires
est « le Livre de Dzyan » qui signifie « état de
connaissance » en sanskrit. Ceci signifie qu'il s'agit
d'un ouvrage dont le contenu est donné comme le fruit de la vision d'Adeptes
ayant atteint un degré de conscience illuminée.
-
« La Doctrine Secrète »
est une explication, une divulgation, une sorte de commentaire, de
ce Premier Commentaire dit « Livre de Dzyan ».
En conséquence, le lien prévalant entre les Enseignements contenus dans « La
Doctrine Secrète » et les « extraits du Tanjour et du Kanjour » eût
pu être réellement et pertinemment constaté, à l'époque même de Madame
Blavatsky, si un examen avait été mené de bonne foi... Or, c'est ce
qui a le plus fait défaut à ceux qui se sont penché sur ce qu'elle
offrait au monde. Car, de fait, c'est bien dans le Kanjour et le Tanjour
que se trouvent, ainsi qu'H.P. Blavatsky l'avait elle-même déclaré, ces Livres
de Kiu-Té et leurs Commentaires occultes qui sont, ensemble, la Source de
son information.
[1] (Della Penna
di Billi Francesco Orazio, “Breve notizia del regno del Thibet, 1730,
republié à Paris dans le Nouveau Journal Asiatique, 1835).
[2] Reigle David
« The Books of Kiu-Te, or the Tibetan Buddhist Tantras ; a Preliminary
Analysis », San Diego (U.S.A.), Wizards Bookshelfs, 1983, p. 2.
[3] « La Doctrine Secrète », t.6, pp. 101-102. Ed.
française Adyar.
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