| Helena Petrovna
BLAVATSKY |
| Éléments biographiques |
I
– Les années d’aventure et de rencontres
rente Juillet 1831 du calendrier russe, à Ekaterinoslav,
Ukraine. Le choléra faisait
rage lorsque naquit Helena Petrovna Hahn, celle qui, plus
tard, serait connue sous le nom de « Helena Blavatsky ».
Son baptême fut un jour bien peu « orthodoxe »...
pour une descendante des Princes Dolgorouki car la flamme
d’un cierge se communiqua à l’assistance et le Pope fut sauvé
de justesse. Quel était ce présage ?
Devenue orpheline de mère, avec un père, capitaine d’artillerie
au service du Tsar, Helena fut élevée par sa grand-mère. De
10 à 14 ans, elle s’avéra être un médium exceptionnel :
les phénomènes étranges se multipliaient autour d’elle : coups
frappés, déplacements d’objets, prévisions de la mort de visiteurs.
Sa sœur et sa tante attestèrent plus tard que la jeune fille
avait fréquemment la vision d’un Indien qu’elle considérait
comme son protecteur. Elle voyait en lui son sauveur, en deux
circonstances où ses escapades de garçon manqué avaient mis
sa vie en péril.
Petite fille du gouverneur d’Astrakan, la jeune Helena découvrit
le Bouddhisme des Kalmouks[1]. L’adolescente dévora également les livres
du muséum de l’immense datcha
familiale de Saratov. La bibliothèque
du prince Paul Dolgorouki, son arrière grand-père, la familiarisa
avec les sujets occultes.
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| Helena adolescente |
À dix-sept ans, Helena épousa — par bravade envers
sa famille — le comte Blavatsky, de vingt deux
ans plus âgé qu’elle. Ce fut pour fuir aussitôt son époux,
en pleine lune de miel : une malformation génitale interdit
à Helena tout rapport sexuel, ainsi qu’en témoigne un rapport
médical. Elle quitta cet époux qu’elle repoussait pour se
retrouver, âgée de 18 ans, libre de découvrir le monde.
D’une nature indomptable, n’ayant peur de rien, montant à
cheval comme un cosaque, cette jeune aristocrate russe aux
multiples relations, tant dans la noblesse russe que dans
certains milieux ésotériques, sortit enfin de toute tutelle,
familiale ou maritale.
La fugitive débarqua au Caire
et y fit la rencontre d’un énigmatique Mage copte, Paulos
Metamon, conseiller du Khédive[2]. Elle approcha une mystérieuse « Fraternité
Hermétique de Louxor ». Avec ce genre de Loge,
liée à la Franc-Maçonnerie Occultiste, sa famille entretenait
déjà des liens attestés par d’anciens documents, dont une
lettre autographe du Comte de Saint Germain. À l’ombre des
pyramides et de temples antiques peuplés de charmeurs de serpents,
le Mage copte lui apprit à maîtriser ses étonnants pouvoirs
psychiques.
La jeune femme fit bientôt une autre rencontre, plus exceptionnelle
encore. Ses propres témoignages à ce sujet restent marqués
d’ambiguïté car son éternel souci fut, sa vie durant, de voiler,
masquer, effacer, toute trace relative à Ceux qui seraient
connus plus tard comme les « Mahatmas » et dont
elle avait promis de préserver l’identité.
De fait, une première rencontre eut lieu à Londres avec le
Mahatma Morya en juin 1850 ; elle avait alors 19 ans.
Ce fut à l’occasion d’un voyage en Angleterre du Premier Ministre
du Népal. Helena reconnut, accompagnant ce dernier et au sein
de l’escorte officielle, le Maître. Celui-ci, la voyant dans
la foule massée près du cortège et captant la reconnaissance
qu’elle eut de sa personne, lui fit signe de rester coite
et discrète. Silencieuse mais triste, elle vit le Maître passer.
Le lendemain, se promenant à Hyde Park, perdue dans ses pensées,
elle eut la surprise et la satisfaction de le revoir. Il l’attendait.
Une autre rencontre eut lieu un an après, en août 1851, toujours
à Londres. Les archives gardées à Adyar (Madras - Inde) montrent
un petit livret de 26 pages, que la jeune fille possédait
à l’époque pour dessiner à la plume les paysages de son choix.
Sur ce carnet, elle écrivit, au dessous d’un dessin montrant
un clair de lune à Ramsgate, qu’elle rencontra le « Maître
de ses rêves », celui qu’elle voyait, la nuit, enfant,
en Russie. Helena, précisa bien plus tard à Mme Wachtmeister
que Ramsgate était un « voile » jetée sur la rencontre
car celle-ci eut lieu à Londres.
Illustration de la majesté des Princes Rajpoutes,
le Mahatma Morya apparaîtra, à de rares témoins proches d’H.P.B.
(surnom d’Helena Petrovna Blavatsky formé de la première lettre
de son prénom, son nom patronymique et de son nom), comme
un homme de très haute taille, d’une beauté et d’un charisme
saisissants. Il lui promit que l’Inde secrète et le Tibet
interdit lui ouvriraient leurs portes et lui proposa de participer
à « son » travail dans le monde. Ce serait après
bien des épreuves.
La première fut peut-être son épopée révolutionnaire :
une nuit de 1860, à Constantinople,
H.P.B. avait sauvé un individu poignardé par des « hommes
de main » du Vatican. C’était Agardi Métrovitch, célèbre
chanteur d’Opéra, membre aussi de la Société secrète des Carbonari,
révolutionnaires engagés aux côtés de Garibaldi pour l’indépendance
et l’unité de l’Italie. Helena fit cause commune avec son
nouvel ami : sa propre recherche des vérités spirituelles
et surnaturelles sera toujours liée à l’affranchissement de
toute autorité religieuse, limitant l’expression de la Libre
pensée.
En 1867, à trente-six ans, après qu’elle eut parcouru le
monde et venant juste de quitter le Tibet, elle rejoignit
l’entourage de Garibaldi et de ses fils, à la veille de l’engagement
décisif des « chemises rouges » : l’attaque de Rome…
C’était la tragique bataille de Mentana
où Helena, fusil en main, combattit les troupes françaises
et pontificales — qui écrasèrent les Garibaldiens. Elle tomba.
Laissée pour morte, elle survécut à deux balles agrémentées
d’un coup de sabre, sauvée in extremis
par la Croix-Rouge[3].
Ainsi, de 1858 à 1871, bien des autres aventures se succédèrent
au gré de sa quête des Traditions Occultes de tous les continents :
- Amérique du Nord (Côte Est
et Far-West) et
du sud (Pérou, d’où elle ramena le plan, jamais exploré
depuis lors, de l’entrée présumée du trésor des Incas).
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Le croquis de
l'entrée des souterrains cachant le trésor
des Incas dessiné par H.P.B.
(Document conservé aux archives de la Sosiété
Théosophique à Adyar) |
- l’Inde mythique des cavernes
de Bagh[4]
et de Karli[5],
à travers le Rajpoutana des
sages, des Rajahs et des fakirs.
Elle visita les mystérieuses tribus de géants et de nains
sorciers des Nillgiri Hills[6],
ramenant un reportage étonnant, publié plus tard en Russie.
-
Le Proche-Orient lui ouvrit
les portes du monde secret des Druzes[7]
et des cercles Soufis
qui initièrent plus tard Gurdjieff. Elle y découvrit le
contenu d’un mystérieux « Livre
des Nombres Chaldéen », qu’elle présenterait
plus tard, dans son enseignement, comme le manuscrit original
de la Kabbale.
Mais, pour l’essentiel, H.P.B. déclara avoir séjourné,
pendant cette période, sept années au Tibet,
alors terre interdite. Cela, 50 ans avant qu’Alexandra David-Neel
n’y posât le pied (celle-ci, d’ailleurs ne souffla mot de
sa devancière autrement que pour la présenter comme « un
imposteur », lors même qu’elle devint membre, par deux
fois, de la « Société théosophique »,
co-fondée par Helena Blavatsky !...).
Un document familial atteste la présence, en 1871, d’H.P.B.
à Shigatsé, près du monastère-citadelle
de Tashi Lhunpo, cœur du Bouddhisme
réformé de la Tradition des « Bonnets
Jaunes » (Gelugpa). Elle affirmera également
avoir eu accès à la Tradition occulte immémoriale du Raja
Yoga, auprès du maître des visions de son enfance,
le Mahatma Morya, en différents lieux de l’Himalaya.
Ce fut aussi en 1868 qu’elle plaça la rencontre du Mahatma
Kout Houmi, un Adepte d’origine cachemirienne, le futur
auteur des « Lettres des Mahatmas ».
Si la question de l’identité des Instructeurs d’H.P.B.
demeure à ce jour teintée de mystère cela tient essentiellement
au fait que les « masques » employés par H.P.B.
— seule source à leur sujet —, sont
des « voiles » accumulés pour en éviter précisément
toute identification et protéger la discrétion dont ils
s’entouraient. Ces données ne permettent aucun recoupement
fiable mais de simples conjectures, dans l’hypothèse, au
demeurant très fragile et parfaitement gratuite, qu’il s’agirait
de personnalités repérables dans l’histoire indo-tibétaine
ou proche orientale. L’identité des Maîtres de Mme Blavatsky
demeure donc une énigme, et le restera sans doute, malgré
une tentative de M. Paul Johnson (voir « La
thèse de Paul Johnson sur l’identification des Maîtres de
H.P. Blavatsky ») à la méthode éminemment
contestable.
D’après le contenu des œuvres de Mme Blavatsky, on peut
inférer que l’Enseignement de ses Instructeurs touche aux
mystères de l’Origine de l’Homme et du Cosmos, selon les
Traditions les plus occultes du Bouddhisme Mahâyâna,
ces Tantras secrets que la
Tradition présente comme transmis oralement par le Bouddha
depuis le « Royaume Spirituel
de Shambhala » (Voir
Authenticité
des Sources de la Doctrine Secrète »).
Helena Blavatsky affirma toujours deux choses :

[1] Les Kalmouks sont installés sur la rive occidentale du
cours inférieur de la Volga dans la République autonome de
Kalmoukie. Originaires de Mongolie occidentale, ils avaient
émigré vers l'Ouest au cours de la première moitié du XVIIe
siècle. Une partie des Kalmouks, dans les tourmentes du XXe
siècle (Révolution et Guerre civile russes, deux Guerres mondiales),
a poursuivi plus à l'Ouest sa migration (Turquie, Tchécoslovaquie,
France, Etats unis...).
[2] Du turc « khediw »
(roi, souverain), ce fût le titre porté par les vice-rois
d’Égypte de 1867 à 1914. Ce premier voyage d’HPB en Égypte
à lieu en 1848. Paulos Metatron ne conseillera le khédive
Ismail Pacha (Isma'il ibn Ibrahim pacha ibn Mohamed ‘Ali pacha)
que bien plus tard, durant le règne de ce dernier de 1863
à 1879.
[3] Fondée 5 ans plus
tôt, en 1863, par Henry Dunant…
[4] Grottes aménagées
pour le culte bouddhique et décorées dans le style d'Ajanta
(Site archéologique de Madhya Pradesh).
[5] Ou Karle, Karla
— Site archéologique de Maharashtra, entre Bombay
et Poona, le plus vaste et le plus bel exemple de sanctuaire
bouddhique excavé de type caitya (environ 120 après J.-C.).
[6] La plus vieille
chaîne montagneuse de l'Inde et la plus haute après l'Himalaya,
située au sud du pays.
[7] Implantée aujourd'hui
essentiellement au sud du Liban, au nord d'Israël et en Syrie
sur le Golan, la communauté Druze est un groupe islamique
né au Caire des chiites ismaélites dans le premier quart du
XIe siècle. La doctrine des Druzes
est secrète et comporte divers degrés d'initiation, mais ni
liturgie, ni lieux de culte.
[8] Du sanscrit « Arahat »
(celui qui est digne, celui qui a vaincu l’ennemi). L’Être
qui a atteint cet état est arrivée à une telle perfection
dans sa pratique qu'il ne dépend plus des illusions de la
pensée et des désirs, il s'est libéré du Cycle des renaissances.
Arhat est aussi synonyme de Bouddha : « Quand
ils eurent vu le Tathâgata assis, les cinq ascètes l'appelèrent
par son nom personnel, Gautama, mais le Bouddha leur dit :
"N'appelez pas le Tathâgata par son nom personnel, car
je suis maintenant Arhat, complètement et parfaitement Eveillé.
La puissance surnaturelle du Tathâgata est immense, il est
le Vainqueur suprême. Si donc vous appelez le Tathâgata par
son nom personnel, pendant très longtemps vous subirez d'intenses
douleurs ». (extrait du Vinya des Dharmaguptaka,
traduction d'André Bareau, « En suivant Bouddha »
- éd. Philippe Lebeau, Paris, 1985, p. 64-65) |