| Une étrange
prophétie ... |
| sur la formation de la
Société Théosophique |
u milieu du XIXe siècle, un indien
Tamil[1],
homme de Dieu, poète et alchimiste,
connu sous le nom de Chithambaram Ramalinga Pillay Avergal,
parcourait l'Inde du Sud en enseignant, prêchant
et chantant la Gloire du Divin. Il était crédité de quelques
pouvoirs yoguiques, dont le plus curieux était sans conteste
sa capacité à neutraliser les appareils photo. Aucun photographe
n'avait jamais réussi à saisir la véritable image du Swami ;
son visage, ses mains et ses pieds disparaissaient toujours
de la plaque, laissant un halo blanc.
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| Représentation
symbolique de Chithambaram Ramalinga Pillay Avergal -
(1823-1874) connu aussi sous le nom de Jothi Ramalinga
Swami ou Vallalar Ramalingar |
Le thème qu’il prêchait le plus vigoureusement était
celui de la Fraternité Universelle. Il créa une Société pour
mettre en pratique les Principes d'une telle Fraternité et
propager les vraies doctrines Védiques. Mais, bien que
de nombreuses personnes se soient assemblées autour de
lui pour être témoins
de ses miracles et obtenir quelques bénéfices de ses pouvoirs,
elles ne voulurent pas réellement mettre en pratique ces
Principes de Fraternité qui faisaient appel à trop de sacrifices
personnels, tels le bien-être ou la richesse.
Peiné et peut-être déçu par cet échec, le Swami dit un jour
à ses auditeurs qu'ils n'étaient pas dignes d’être membres
de sa Société. Mais il leur assura qu'une
vraie Fraternité existait. Elle était dans le lointain Nord
de l'Inde, et ses Enseignements seraient en leurs temps étendus
dans toute l'Inde et à l'étranger. Le Swami prophétisait que,
quelques années après son propre trépas, une personne venant
de Russie et une autre d'Amérique viendraient en Inde et lanceraient
un mouvement pour l'identification et la compréhension de
la Fraternité Universelle. D'autres étrangers les rejoindraient
et aideraient à faire connaître les Grandes Vérités qu'il
avait lui-même échoué à propager. Ce mouvement serait inspiré
et stimulé par la Grande Fraternité du Nord lointain. Beaucoup
de miracles seraient accomplis en Inde et les Doctrines seraient
déployées dans le monde entier.
Ramalingar Pillay, comme « une
Voix criant dans le désert », parlait à cet
effet de ses prophéties en maintes occasions. Le premier
de ses nombreux disciples à les rapporter était un pandit
Tamil du « Presidency
Collège » de Madras qui écrivit un article sur
Swami Ramalingar Pillay pour « The
Théosophist » de juillet 1882. (Voir
cet article traduit en français)
Aussi intéressant que sa prophétie furent les conditions
de sa mort. Durant un an ou deux il avait annoncé son intention
d'entrer en Samadhi permanent. En janvier
1874 — soit neuf mois avant la rencontre de la
Comtesse Helena Petrovna Blavatsky avec le Colonel Henry Steel
Olcott[2] destinés à l’accomplissement
de sa prédiction — il mit son projet en œuvre.
« Le 30 de ce mois (janvier), à Metucupam, nous
avons vu notre Maître pour la dernière fois » écrit
le pandit Tamil. « Choisissant une petite bâtisse,
il entra seul dans la pièce et, après un adieu affectueux à ses
chelas, il s'est étendu sur le tapis. Ensuite, selon
ses ordres, la porte fut fermée et l’on mura l’unique
ouverture ».
Conformément à ses instructions, aucun de ses disciples
n'essaya d'ouvrir la pièce. Mais après environ un an la
porte fut forcée
sur ordre des autorités britanniques. Rien ne devait être
vu sinon une pièce vide.
L’Administrateur en chef[3]
du district, M.J.H. Garstin, I.C.S.[4], soupçonnant une grossière supercherie, ordonna
une recherche approfondie dans la place. Mais aucune trace
du vieux sage et saint poète n'a jamais été trouvée. « Les
composants de son corps ont été rendus aux éléments originaux »,
dirent ses disciples.
L’événement fut dur à accepter pour les deux fonctionnaires
britanniques du secteur, Mr Garstin et le médecin militaire
du district. Mais sans doute avaient-ils compris que la
Loi
scientifique, dans l’Inde populaire du XIXe siècle,
se confond souvent avec le bon sens. Ils déclarèrent donc
officiellement que Ramalingar Pillay était un très grand
saint. Les rapports du district rapportent même que les
deux fonctionnaires britanniques contribuèrent financièrement
pour une cérémonie
durant laquelle une foule de pauvres gens a été alimentée
en l'honneur de sa mémoire.

[1] L'état du Tamil Nadu se trouve à l'extrême sud-est
de l'Inde et avait pour capitale Madras au XIXe siècle (Chennai
aujourd’hui). Le Tamil Nadu est sans doute l'État
le plus typiquement hindou, car contrairement au nord
de l'Inde,
le sud a peu subi l'influence musulmane des Moghols en conservant
son architecture dravidienne, témoignage de la richesse
et de la puissance des dynasties qui s’y sont succédées
au moyen-âge (Pallava, Chola, Pandya...). C’est également
dans cette province, près de Nilgiris, que se déroule
le fameux récit d’H.P.B. « Au pays des montagnes
bleues »
qui évoque de mystérieux aborigènes « blancs »,
les Todas.
[2] Ils se rencontrèrent le 14 octobre 1874 à Chittenden
dans le Vermont aux États-Unis. Pour la petite histoire,
il est intéressant de noter que Ramalingar Pillay disparut à
l'âge de 51 ans dans la province du Tamil Nadu et que
huit plus tard, en 1882 et à 51 ans, Mme Blavatsky et le
Colonel Olcott, initialement établis à Bombay, s’installèrent
à Madras pour y fonder le Siège international de la Société
Théosophique dans le quartier d’Adyar.
[3] Le titre exact de cette charge dans les Indes
anglaises est Collector, fonction qui correspondait originellement
au collecteur d’impôts
[4] Covenanted servants, ou ICS désignait les fonctionnaires
travaillant pour le Secrétariat d’État des Indes. |