| Les méprises
historiques de René Guénon |
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1 - Confusion entre deux frères :
les Solovioff
ommençons par un exemple de confusion scandaleuse
par ses conséquences diffamantes, qui permet de mesurer
la fiabilité des références de René Guénon.
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Vladimir
Solovioff (1853-1900)
Philosophe et poète
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En effet, ce dernier a utilisé, pour déniger Mme Blavatsky,
le livre de Sergueï Vsevolod Solovioff, A
Modern Priestess of Isis, qui est un tissu de propos
tendancieux d'un homme qui avoue avoir simulé l'amitié pour
Mme Blavatsky afin de mieux la perdre. R. Guénon, accusé de
cette utilisation exclusive, rétorque : « Nous
répondrons à cela que Solovioff fut tout au moins un philosophe
de valeur, peut-être le seul que la Russie ait eu [sic],
et que des personnes qui l'ont fort bien connu nous ont
certifié que sa probité intellectuelle était au dessus
de tout soupçon… » (pp. 319-320).
Et de fait, la « probité intellectuelle » de Vladimir Solovioff[1]
(1853-1900), philosophe de renom et poète,
fils du célèbre historien de la Russie Sergueï Solovioff, ne peut être
remise en question car Vladimir Solovioff,
s'illustre par son combat désespéré pour la réunion des
deux églises, Orthodoxe et Catholique (« La
Russie et l'Eglise universelle ») avant de
revenir, déçu, à la philosophie pure (« Justification
du bien et Trois conversations »).
Cependant, la probité intellectuelle de Sergueï Vsévolod Solovioff,
auteur du livre dont s’est inspiré R. Guénon, et
frère cadet de Vladimir, le poète, ne peut, elle, être « au
dessus de tout soupçon »...
R. Guénon confond donc, , le cadet, Sergueï Vsévolod Solovioff,
le « faux confident » d'H.P.B., écrivain beaucoup
plus modeste et auteur (en 1895) du libelle vengeur qui
salit la mémoire de cette dernière, avec son célèbre aîné.
Son honnêteté est douteuse de l'aveu même de son éditeur
et préfacier ; celui-ci est lui-même radicalement
hostile à Mme Blavatsky, mais il estime devoir à ladite
honnêteté intellectuelle de soulever certaines équivoques
sur la version que donne Sergueï Vsévolod
Solovioff de certains faits (Op. cit., pp. XV-XVI).
Le comble est que Vladimir Solovioff, philosophe
d'une érudition et d'une hauteur de pensée qui faisait
l'admiration de son temps, n'avait nullement
caché la grande considération qu'il portait aux écrits
de Mme Blavatsky. Il
avait tenu, en la défendant contre ses diffamateurs, des
propos extrêmement appréciateurs sur son dernier ouvrage « La
Clef de la Théosophie », où elle donnait
une synthèse des aspects fondamentaux de la Doctrine de
ses Maîtres.
Dans la revue où elle-même écrivait fréquemment, Russkoye
Obozreniye [La Revue Russe], Vladimir Solovioff
s'exprimait en ces termes, en 1889 :
« Il a été dit
que la Théosophie est une proposition commerciale
et que, par elle, une grande quantité d'argent
peut être amassée. Le même opposant proclame
que les Guides tibétains de la Société, Mahatmas
et Chelas [disciples],
n'ont jamais existé mais
ont été inventés par Mme Blavatsky. À la première
proposition, l'auteur [Mme
Blavatsky] répond
par des données et des chiffres convaincants;
quant à la seconde, nous-mêmes, parti étranger à cette
affaire, pouvons témoigner que cela est faux.
« Comment
H.P. Blavatsky pourrait-elle avoir inventé la
Fraternité tibétaine ou l'ordre des Chelas,
alors qu'il est aisé de trouver des renseignements
précis et authentiques à propos de l'existence
et des caractéristiques de cette Fraternité dans
le livre du missionnaire français Huc (Voyage
en Tartarie, Tibet et Chine), lequel a visité le
Tibet dans la première partie des années quarante,
c'est-à-dire quelques trente années avant la
fondation de la Société Théosophique ? « Quoi
qu'il en soit, et compte tenu de tous les points
faibles théoriques et éthiques de la Société Théosophique,
il est évident que cette Société, que ce soit
sous sa forme actuelle ou autrement, de même
que que le mouvement Néo-Boudhiste[2] réveillé par
ses efforts, ont un rôle important à jouer
dans un avenir proche […].
« Ce
dernier ouvrage de H. P. Blavatsky est particulièrement
important pour nous parce qu'il présente
le Bouddhisme sous un nouvel angle, insoupçonné jusqu'à ce
jour, c'est-à-dire un mouvement religieux
sans credo ni dogmes et cependant pourvu
d'un but
bien défini et unique (tendant à ce que l'homme
atteigne à sa propre évolution divine à l'opposé d'une
croyance en un principe super-humain […]. » (Loc.
Cit. in Ryan., pp. 202-203). |
Ainsi, non seulement René Guénon fait une confusion ridicule
mais il prétend malencontreusement se réclamer d'un philosophe
qui désavouait radicalement le propos qu’il tient à l’encontre
de Mme Blatvatsky.
2 - Méprise sur la personne
de
Samuel Mac Gregor Mathers
René Guénon s'est ingénié à démontrer qu'il existe,
entre la
Fraternité Hermétique de Louxor (celle qu'il a
détectée comme telle) et les Maîtres occultes de différents
mouvements rosicruciens ou les Inspirateurs de la Société Théosophique,
des liens révélateurs de manipulations d'agents de la « contre-initiation ».
Les Maîtres de Mme Blavatsky et les œuvres de cette dernière
lui apparaissent évidemment comme le type achevé de ces
noires entreprises. Et René Guénon de nous inviter à le
suivre dans les méandres de ses conjectures et de ses révélations
d'homme bien renseigné sur le « Who
is Who » de l'Ésotérisme, sur lequel il possède
des lumières que les autres n'ont pas (Cf. Théos., p. p.
33-42).
C'est ici qu'il commet deux erreurs dont l'énormité en
dit long sur sa réelle impéritie et le peu de crédit que
l'on peut accorder à ses « mises au point » :
Parlant de l'Ordre Hermétique de
la Golden Dawn, émanation de la Societas
Rosicruciana in Anglia, il évoque la devise de
l'un de ses chefs, S. L. Mac-Gregor
Mathers, pour souligner qu'elle comporte une fin
de texte identique à celle de « sa » Hermetic
Brotherhood of Light (op. cit., p. 36). Il prétend
fournir alors les renseignements suivants à propos de
S. L. Mac-Gregor Mathers, Imperator de
la Golden Dawn et auteur d'une lettre qu'il vient de
citer :
« L'auteur de la
lettre que nous venons de citer, qui est mort
il a quelques années, était le frère aîné d'un
autre M. Mac-Gregor, un représentant en France
de l'Order of the Golden Dawn in the Outer, et également
membre de la Société Théosophique.
« On fit quelque
bruit à Paris, en 1899 et en 1903, autour des
tentatives de restauration du culte d'Isis
par M. et Mme Mac-Gregor, sous le patronage
de l'écrivain
occultiste Jules Bois, tentatives assez fantaisistes
d'ailleurs, mais qui eurent en leur temps un
certain succès de curiosité.
« Ajoutons que Mme
Mac-Gregor, la « Grande-Prêtresse Amari »,
est la sœur de M. Bergson; […] » (Op.
cit., pp.36-37). |
Le lecteur familier de ces questions aura relu deux fois
la citation pour en croire ses yeux : ainsi, R. Guénon
croit que Samuel Lyddel Mac Gregor
Mathers, Imperator de la Golden Dawn, est mort en
laissant un frère cadet, époux
de la sœur du philosophe Henri Bergson,
représenter la Golden Dawn par
des activités fantaisistes en France !...
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Samuel Lyddel
Mac Gregor Mathers
(1854-1918)
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Rectifions : figure illustre de l'Occultisme anglo-saxon à la
charnière des deux siècles, Samuel
Lyddel Mac Gregor Mathers, époux de Moïna
Bergson, n'a jamais eu de frère qui
vint en France mener ses entreprises occultistes. Les épisodes
successifs de cette activité ont eu pour acteur une seule
et même personne, Mathers lui-même, lequel est bien connu
de tous ceux qui ont quelques connaissances sur une période
de l'Occultisme qui n'était pourtant pas si loin pour R.
Guénon.
Que faut-il penser d'un inquisiteur capable de telles
méprises sur un sujet dont il prétend traiter en expert,
habilité de surcroît à rectifier les opinions erronées
et triviales de ses contemporains sur ces questions ?
3 - Confusion entre père et fils :
les Lytton
Ce n'est pas sa seule erreur du genre : rencontrant
d'insurmontables difficultés avec les liens ascendants
ou collatéraux, R. Guénon en commet une aussi grossière,
quoique moins drôle, à propos de Bulwer
Lytton.
Continuant de disserter « savamment » des liens
entre la politique anglo-saxonne et l'Occultisme, il croit
bon de nous apporter ici encore le secours de ses lumières :
il présente « Lord Lytton, alors Vice-Roi des Indes »,
comme partie prenante à des complots libertaires ourdis
dès 1876 autour de la Société des « Fratres
Lucis ». C'est au sujet de ce dernier qu'il
poursuit :
« … pour en revenir à des
choses sérieuses [sic], nous
dirons que Lord Lytton, dont nous venons de rencontrer
le nom à propos de Fratres Lucis, est le célèbre
auteur de « Zanoni », de « Une
Etrange Histoire », et de « La Race
future » […] il
fut le grand patron de la Societas Rosicruciana,
et son fils fut ambassadeur d'Angleterre à Paris.
« Ce
n'est sans doute pas par un simple hasard que
ce nom de Lytton se retrouve à chaque instant
mêlé à l'Histoire de l'Occultisme… »
(Op.
cit., p. 301). |
R. Guénon confond cette fois le père (Sir
Edward Bulwer Lytton) avec le fils (Lord
Lytton) et attribue à ce dernier la paternité des œuvres
du précédent. Ceci en dit long encore sur l'ignorance
des sources les plus élémentaires de l'Histoire de l'Occultisme.
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A gauche, le
père, Edward George Earle Bulwer-Lytton
(1803-1873)
et à droite le fils, Lord Edouard Robert
Bulwer Lytton (1831-1891)
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En effet, l'auteur de Zanoni (1842)
mais, aussi, du célèbre ouvrage Les
derniers jours de Pompéi, était Sir
Edward Bulwer Lytton (1803-1873). Il était le père de Lord
Lytton, Vice-Roi des Indes et Ambassadeur d'Angleterre à Paris[3].
Les dites fonctions n'ont jamais été assumées par Lord
Edward Bulwer Lytton — le père — mais seulement
par son fils, Lord Lytton. Au père, donc, les œuvres, au
fils les titres et les supposés complots de 1876, auxquels
n'a pu prendre part — ainsi que l'affirme R. Guénon — Lord
Edward Bulwer Lytton père, décédé trois ans auparavant.
Dans une seconde édition de son ouvrage, R.Guénon rectifie
cette erreur (la précédente restant intacte).
4 - Méprise sur la personne de H.P.
Blavatsky
René Guénon veut ignorer des sources les plus accessibles
et les plus indispensables — l'ouvrage de A. P. Sinnett « La
Vie extraordinaire de Mme Blavatsky », sur
celle qu’il prétend condamner.
En effet, dans la seconde édition de son livre-libelle,
il admet, sans sourciller (dans deux notes successives,
p. 319), avoir omis de mentionner un rapport d'expert contredisant dès
1886 les conclusions du « Rapport Hodgson » (1885) à propos
de l'écriture de Mme Blavatsky, lequel rapport est le fondement
du réquisitoire de tous ses détracteurs, R. Guénon en tête.
Celui-ci explique son omission : « … nous
avions ignoré ce fait lors de la première édition, sans
quoi nous ne l'aurions pas « passé sous silence » comme
on nous l'a reproché… » (Op. cit. p. 319).
Mais « ce fait » est mentionné, bien en évidence,
en appendice 2 de l'ouvrage précité de A. P. Sinnett (La
Vie extraordinaire de Mme Blavatsky, p.p. 247-248),
première
et seule biographie, au demeurant très courte, rédigée
du vivant de Mme Blavatsky.
Pareillement, rappelons que René Guénon avoue
ignorer, malgré Sinnett
ici encore, si Mme Blavatsky fut bien remariée en Amérique
(en 1875) (Op. cit. pp.22-23). Ce doute révèle la plus
haute fantaisie dans la recherche de l'information sur
une personne dont il prétend examiner le caractère et les
faits et gestes (le mari « supposé » n'est au
demeurant pas du tout « médium » comme le prétend
R. Guénon).

[1] S'écrit
également Soloviev ou Solov'ev (Wladimir
Sergeevich Soloviev)
[2] Le
terme « Boudhiste”, écrit avec un seul « d »,
indique que Vladimir Solovioff faisait sienne la distinction
opérée par Mme Blavatsky entre le Principe Spirituel qui
donne sa signification à cette Philosophie et le mouvement
religieux se réclamant des textes attribués au Bouddha
dans la Doctrine exotérique. (Cf. Clef., Chap. « La
Théosophie n'est pas le Bouddhisme”, pp. 20-23)
[3] Le
père, Edward George Earle Bulwer-Lytton
(1803-1873), fut un politicien, un poète et un critique,
passé à la postérité comme
romancier prolifique et auteur, entre autres, de « Zanoni », « Les
derniers jours de Pompéi » ou de « La
Race future ». Le
fils, Lord Edouard Robert Bulwer
Lytton (1831-1891), était
diplomate et également poète sous le pseudonyme
d'Owen Meredith. Il fut nommé vice-roi des Indes
par Disraeli en 1875 et le titre de comte lui fut conféré pour
services rendus dans les guerres Afghanes. Il fut ambassadeur
en France de 1887 jusqu'à sa mort.
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