« Identification » du Mahatma Kout Houmi

 

Takur Singh Sandhanwalia (1837-1887)

 

Paul Johnson identifie le Mahatma Kout Houmi au Sirdar[1] du Temple d’Or d’Amritsar (Penjab – Inde), Takur Singh Sandhanwalia.

Celui-ci est, en réalité, le « Premier Président du Sikh Sabha », un dignitaire sikh totalement engagé dans un complot patriotique, étendu sur plusieurs années, visant à rétablir son cousin, le « Maharadja détrôné » Duleep Singh, sur le trône de Lahore.

Cette tentative, mal conduite contre un ennemi trop puissant et au profit d’un Prince inconstant, échoue lamentablement.

Paul Johnson nous informe qu’un secrétaire du gouvernement anglais du Penjab écrit un rapport au sujet de Takur Singh, en 1885 :

« Sirdar Takur Singh est en disposition d’intriguer, et il n’est pas dépourvu de certaines ressources à cet égard. Il n’est cependant pas bon homme d’affaires et se trouve lourdement endetté. Il est inquiet de réapparaître dans cette partie du Penjab par crainte de ses créanciers, au moins de l’un d’eux qui a obtenu un décret contre lui. En 1883, il a fait appel au gouvernement… pour être déclaré inapte à gérer son patrimoine. Le décret fut pris et ses affaires sont maintenant administrées par les juges de tutelle. »

(op. cit., p. 207)

Un témoin décrit Takur Singh ainsi :

« Takur Singh parlait constamment du maharadja Duleep Singh qu’il avait vu en Angleterre comme d’une incarnation de la déité et dit qu’il reviendrait bientôt reprendre son royaume… »

(op. cit., p. 219)

Finalement, Takur Singh achévera ses jours misérablement, dans l’effondrement de ses illusions.

Voilà donc la situation du « Mahatma Kout Houmi » de Paul Johnson lorsque celui-ci donne des leçons de Philosophie Bouddhiste (quoique étant Sikh !) dans les années 1880 en résidant, de plus, à Shigatsé (Tibet). (cf. Lettres des Mahatmas).

En fait, les intrigues menées au profit du Prince Duleep Singh sont une conspiration religieuse fondée sur un discours de fanatisme messianique incompatible de bout en bout avec les propos de l’auteur des « Lettres des Mahatmas ».

Paul Johnson prétend que Mme Blavatsky, dans sa volonté de convertir les maharadjas à la Théosophie et d’impliquer également Takur Singh dans une conspiration russe menée par son éditeur, Katkoff, ne se doutait sans doute pas des effets funestes de son action sur le « Mahatma ». En effet nous apprenons de Paul Johnson « … que le martyre de Takur Singh était dû en partie à l’inspiration d’H.P.B. » (op. cit., p.230) ; et, plus loin, que « la mort, dans le cas de Takur Singh, fut celle à laquelle il fut conduit par son engagement auprès d’H.P.B. » (op. cit., p. 236) — Cela après avoir voulu « régner comme un dieu sur l’Inde reconnaissante » (idem). Les arguments produits pour soutenir cette identification sont, de la part de Paul Johnson, très faibles :

  1. une extrapolation tendancieuse des quelques fragments des « Lettres des Mahatmas » qui évoquent la situation décadente de l’Inde ….
  2. les relations d’écrivain à éditeur (H.P.B. et Katkoff) ;
  3. les relations d’H.P.B., non pas avec le Prince Duleep Singh, mais avec quelques amis de ce dernier ;
  4. la présence du « vrai » Mahatma Kout Houmi à Amristar où ce dernier rencontre H.S. Olcott. A cette occasion, un argument plus que fallacieux est employé par Paul Johnson qui raisonne ainsi : si H.S. Olcott, dans un article ultérieur du Theosophist, ne nomme pas Takur Singh parmi des Sirdars du Temple d’Or… c’est précisément parce qu’il doit être là et que c’est le Maître. C’est ce type de « démonstration » que M. Algeo nomme « la logique d’Alice au pays des merveilles » (Cf. T.H. V, N°7, p. 244). Il fut un temps où le rationalisme avait davantage de nerf.

Paul Johnson suppose enfin que c’est à la suite d’une rencontre qu’H.P.B. aurait faite avec le « Mahatma-Takur Singh » en 1880, à Amritsar, que commence la production des « Lettres des Mahatmas » adressées à A.P. Sinnet. Il dit :

« Est-ce qu’H.P.B. a fait un arrangement avec un Alkali du Temple d’or, un Sikh du Penjab, lequel conduisit à la production des lettres de K.H. ? »

Rappelons, enfin, que le « vrai » Mahatma, cachemirien de naissance (Lettres des Maîtres de la Sagesse – T1 – lettre n° 21) écrivait ses lettres à partir du Tibet.

Compte tenu de ce qui précède, nous ne croyons pas à l’identification de Paul Jonhson au sujet du Mahatma Kout Houmi.

 


[1] Sardar ou Sirdar : titre désignant une personne de haut rang (noblesse héréditaire, chef de clan, haut officier militaire, etc.) en Inde, Pakistan ou Afghanistan.