« Identification » du Mahatma Morya

1 – Rencontre d’H.P.B. avec le Mahatma Morya

  • Paul Johnson dit : « L’histoire de la première rencontre de la jeune Helena avec son Maître (le Mahatma Morya) à Londres en 1851 n’a jamais été confirmée. » (op.cit.p.134).

    Pourquoi Paul Johnson ne mentionne pas le document trouvé, écrit de la main d’H.P.B. et datant de cette époque, conservé dans les archives de la Société Théosophique à Adyar (Madras-Inde) qui est explicite : « Nuit mémorable…. le 12 août 1851 lorsque je rencontrai de Maîtres de mes rêves [1] . Le 12 août, c’est juillet 31 style russe, jour de ma naissance — Vingt ans ! ». Est-ce que dès lâge de 20 ans, Mme Blavatsky aurait décidé d’être la mystificatrice que l’on détecta beaucoup plus tard en elle, et qui aurait, dès ce jeune âge, donc, rédigé « ce mensonge » de sa main ?
    Paul Johnson, pour fonder ses conjectures, ne souffle mot de cette pièce à conviction irréductible à moins qu’il ne considère ce document comme une falsification tardive (fait hautement improbable eu égard à son archivage hors de la portée d’H.P.B., en Russie). Si telle est l’opinion de P. Johnson, il doit à tout le moins faire une critique convaincante de ce document (conservé aux archives d’Adyar, donc analysable par lui ou tout expert) afin d’établir qu’il s’agit d’un faux. Cette démarche serait davantage apte à nous convaincre que son silence.
  • L’auteur dit : « Cette histoire [la rencontre à Londres avec le Mahatma Morya] est en fait basée sur la rencontre de Blavatsky avec Giuseppe Mazzini qui était exilé à Londres… » (op.cit.p.135).

    Mazzini
    Giuseppe Mazzini (1805-1872)
    Connaissant le témoignage de H.P.B. jeune, en Russie, à sa famille, à propos de l’Hindou qui la protège et la guérit mystérieusement d’une blessure à la poitrine et de tant d’autres épisodes où elle mentionne les Radja Yogi on la voit mal dire de Giuseppe Mazzini, révolutionnaire italien, — qu’elle a peut-être rencontré à Londres — que ce dernier est « le Maître de ses rêves »

    Sachant, de plus, le nombre de personnalités remarquables en matière d’Occultisme qu’H.P.B. a rencontrées dans son existence, sa vénération envers ce Maître serait bien étrange si elle s’exerçait envers Mazzini, aussi grande que soit l’envergure politico-révolutionnaire de celui-ci.
  • Paul Johnson affirme que le récit des évènements survenus à Londres en 1851 fait état « de subterfuges (blinds) devant masquer sa rencontre avec Mazzini ». (op.cit.p.141).
    Pourquoi spécialement Mazzini ? Pour rester logique, P. Johnson — puisqu’il tenait à la thèse du « subterfuge — aurait pu préciser que ce masque pouvait recouvrir X ou Y… Cette identification de Mazzini est tout à fait gratuite, car, P. Johnson, veut à tout prix faire rencontrer à H.P.B. n’importe qui, excepté celui qu’elle définit elle-même.

 

2 – Ranbir Singh, Maharaja du Cachemire,
identifié au Mahatma Morya

  •  « HPB et le Royaume du Maître » (op.cit.p.150). Dans ce sous-titre, Paul Johnson prétend enfin — après Mazzini, selon la rédaction incertaine de cet auteur — révéler l’identité du Maître Morya : il s’agit du Maharadja du Cachemire, Ranbir Sing. Nous nous attendons donc à une description de ce personnage qui corresponde à toutes les situations auxquelles le mêle l’histoire théosophique. Or il n’en est rien, sur une question essentielle : La création projetée du journal indigène « Le Phoenix ».
  • La création d’un journal indigène, « Le Phoenix », est envisagé par les Maîtres Morya et Kout Houmi ; ce projet nécessite des capitaux qui ne pouront être réunis. La thèse de Paul Johnson contredit les événements liés à ce projet. En effet, des lettres du Mahatma Kout Houmi, adressées à A.P.Sinnett (Lettres des Mahatmas – Ed. Adyar – 1990 – p.p.440-447) déplorent « le manque de patriotisme » que rencontre cette tentative avortée qui avait pourtant reçu la caution de « la Hiérarchie ». Comment se fait-il alors que le riche et puissant Maharadja du Cachemire, Ranbir Singh, ne soutienne pas « ses » propres oeuvres ? Ce dernier semble même curieusement « déchiré » entre deux attitudes, ainsi que l’évoque un propos du Mahatma Kout Houmi adressé à H.S. Olcott: « vous feriez mieux de dire nettement à M. Sinnett que son ancien ami de Simla [A.O. Hume] a — peu importe sous quelle influence — nettement compromis le projet du journal, non seulement pour ce qui est du Maharaja de Cachemire, mais de beaucoup d’autres dans l’Inde ». (Lettres des Mahatmas – Ed. Adyar 1990 – p.432).

    Maharaja Ranbir Singh (1832-12 septembre 1885)
    Second Maharaja de Jammu et du Cachemire
    de 1857 à 1885

    Les suspicions de A.O. Hume à l’égard de l’identité des Mahatmas en général et du Maître Morya, pour ce qui nous concerne ici, sont bien connues. A.O. Hume est allé dénigrer ce projet de journal au Maharadja du Cachemire — sollicité pour une participation financière — qui, sous cette influence, se met à douter de l’exitence des Mahatmas. Si donc, le Mahatma Morya était ce Maharadja — ainsi que le prétend Paul Johnson — il serait venu à renier sa propre existence !

    Pensant accréditer sa thèse, P. Johnson cite, au sujet de cette affaire du « Phoenix », une lettre où le Maître Kout Houmi place ses espoirs dans les dons financiers du Maharadja du Cachemire (Lettres des Mahatmas – Ed. Adyar 1990 – p.514) en évitant, toutefois, de citer celle que nous mentionnons précédemment. Le Maître, d’ailleurs, n’est pas sûr de cette participation : « jusqu’à ce que le Maharadja du Cachemire ait été sondé ». Si ce Prince avait été le Maître Morya, pourquoi pareille précaution et pourquoi n’aurait-il pas financé immédiatement son propre projet ? P. Johnson ne voit-il pas qu’il ruine lui-même sa propre hypothèse?
    Précisons que la fortune du Souverain d’un des plus riches États de l’Inde — le Maharadja du Cachemire — pouvait amplement suffire à la création dudit journal philosophique et « politique » (selon Paul Johnson) qui devait servir les buts des Mahatmas.

 

3 – Les pouvoirs occultes du Mahatma Morya.

  • Paul Johnson nous éclaire: « Que Ranbir Singh soit le maître de HPB dans l’optique envisagée par la tradition religieuse est improbable. Pas plus que celui-ci ne donna d’ordre par télépathie ou exerça d’étranges pouvoirs, selon les rapports historiques »… ( op.cit. p. 153).
    Il faut alors jeter au panier les 6 volumes des « Old Diary Leaves » d’Olcott, le livre de C. Wachmeister et enfermer à l’hôpital psychiatrique ces auteurs ainsi que les frères Keithley, Gebhard, Sinnett, etc… ou bien les citer devant un Tribunal posthume pour faux témoignage!
  • De plus, et particulièrement dans ce cas, on voit mal H.P.B. — qui n’a d’autre centre d’intérêts que l’Occultisme et qui a rencontré des êtres exceptionnels, dans ce domaine, au cours de ses voyages — se montrer soudain tout bonnement « captivée » par « la magnificence de R. Singh et son authentique bienveillance spirituelle » même, « … si elle ne l’a vu que de loin »!…(op.cit. p.151).
  • Comment envisager, enfin, qu’H.P.B. ait subitement décidé — puis clamé et ensuite souffert des années durant à cause de cet attachement et intégrité — que ce Maharadja, « vu que de loin… », est — pour elle et dans son imagination de folle, pense sans doute Paul Johnson — un Maître, un Mahatma à la tâche duquel elle dédiera sa vie ?
  • Toutefois, selon P.Johnson, le fait que Ranbir Singh puisse prêter assistance à H.P.B. pour aller au Tibet, ce qui est « le désir de son cœur » (op.cit.p.153), suffirait à celle-ci pour que ce Maharadja devienne « le modèle de toutes les vertus « du Maître M. » (op.cit.p.153), Maître dont le nom — l’initiale — figurait dans ses papiers personnels de ses vingts ans !
  • Cette dernière phrase implique donc qu’HPB., qui a tout sacrifié dans sa vie (argent, réputation, santé, etc…) à la Mission que lui a confiée son Maître, agissait ainsi sous l’emprise d’un mirage qu’elle aurait elle-même créé à la seule vue d’un magnifique Maharadja !
  • Quelle considération Paul Johnson porte-t-il aux écrits de la Fondatrice d’une Société dont il est lui-même membre ? Ceux-ci ne laissent en rien percevoir qu’elle fut mentalement débile.

 

4 – La résidence au Cachemire du prétendu Mahatma Morya.

  • Dans son argumentation, Paul Johnson dit : « Et quel enthousiasme fut plus profond…[pour HPB] que cette fascination pour le Tibet… » (op.cit.p.153).
  • Il ne précise pas, cependant, pourquoi pareil « désir du cœur » (op.cit.p.153).et pourquoi, puisqu’elle a enfin trouvé le Maître dans la personne de Ranbir Singh, elle s’acharne alors à aller au Tibet, sans se soucier de l’Enseignement Esotérique que ce Maître-Maharadja devrait, en toute logique et selon la tradition liant Guru et Disciple, lui dispenser ? N’aurait-elle donc trouvé « le Maître de ses rêves » (Cf. archives d’Adyar- Scrab Book) que pour songer à le quitter aussitôt ? Tous les efforts — notamment son acharnement à cette fin tout au long des années 1854-1884 — que fait H.P.B. pour aller au Tibet impliquent, au contraire, que la résidence de son Maître est au Tibet.
  • Si, en réalité, ces Mahatmas résidaient, — selon les conjectures de Johnson — l’un près d’Amristar — nous étudierons cette conjecture de Johnson au sujet du Mahatma Kout Houmi dans les pages qui suivent — et l’autre dans son palais cachemirien, cette « fascination » n’aurait aucun sens ! N’est-ce pas dans le Sikkim qu’elle retrouve les Maîtres après 2 et 3 ans de séparation (Lettres des Mahatmas – Ed. Adyar – 1990 – p. 364). Et lorsque le Chohan — le Supérieur hiérarchique des Mahatmas, Chef de la Conférie des Adeptes transhimalayens — pour des motifs de sécurité, interdit à H.P.B., qui doit se faire soigner par son Maître, l’accès au Tibet, en 1884… c’est vers le Sikkhim, (état limitrophe du Tibet, relié à ce dernier par la route directe Darjeeling-Gangtok-Shigatsé) — et non au Punjab (Amristar) ou au Cachemire (chez le Maharadja supposé être le Mathama Morya) — que de multiples témoins accompagnent « la Vieille Dame » et c’est là aussi que les Maîtres Morya et Kout Houmi rejoignent cette dernière.
  • Comment concilier, au demeurant, la présence quasi-permanente du Mahatma Morya au-delà de l’Himalaya (cf. toutes les Lettres des Mahatmas que ne révoque pas Paul Johnson, celles-ci étant amplement utilisées par lui), avec les fonctions de Radja régnant qu’il lui prête.
  • Lorsque, de plus, S. Ramaswamier veut rencontrer le Mahatma Morya, il précise, dans son récit (Lettres des Maîtres de la Sagesse, tome 2, p.p. 143-153) qu’il suivait « le chemin conduisant à la ville de Sikkhim d’où, (lui) assuraient les personnes rencontrées, (il) pourrait facilement passer au Tibet… ». Pourquoi tant de peines et de dangers affrontés alors qu’il lui suffit d’aller au palais du Maharadja du Cachemire ?
  • Citons, enfin, les affirmations mêmes du Mahatma Morya : « …puis on me fait dater mon message supposé de Ladhak, 16 décembre, alors que je jure j’étais à Ch-in-ki (Lhassa)… ». (Lettres des Mahatmas – p.504).

 

5 – Le portrait physique du Mahatma Morya.

  • Le même Ramaswamier rencontre sur sa route, dans le Sikkhim — et non vers Jammu — le Mahatma Morya. Il confirmera par la suite en tout point la description donnée par Olcott et H.P.B. à propos de leur Maître. Il ne démentira pas celle-ci lorsque les portraits de Schmiechen seront publiés à partir de 1884.
  • Nul ne reconnaîtra, de surcroît, dans le portrait du Mahatma Morya, la physionomie du Maharadja du Cachemire, connue de la multitude nord-indienne (il était une personnalité publique) ainsi que des proches des Fondateurs lesquels, de fait, le fréquentaient assidûment.
  • A tout moment, par conséquent, les arguments de Paul Johnson impliquent davantage qu’un « masque ». Ils dénoncent une véritable imposture qui engage, autour d’H.P.B., tous ceux qui lui ont apporté crédit.

 

6 – Les idéaux du Mahatma Morya.

  • Paul Johnson prétend tout au long de son discours que les préoccupations essentielles des Mahatmas Indiens sont d’ordre politique. Or, en étudiant les Lettres des Mahatmas, on ne découvre rien d’autre que des spéculations philosophiques et un Enseignement Esotérique élevé, assorties çà et là de considérations sur la situation politique de l’Inde qui ne font jamais ressortir un soutien aux idées d’Indépendance immédiate qui seraient « une conspiration internationale » dans laquelle le prétendu Maître Kout Houmi (c’est à dire Thakar Singh, selon Johnson) joue « un rôle-clé » impliquant, entre autres, les rapports politiques entre la Russie, le Tibet et l’Inde, via l’éditeur Katkoff (op.cit.180), considéré par Paul Johnson comme étant « en un sens supérieur à K.H. dans le groupe d’initiés…. » (op.cit. p.133).
  • Enfin, Paul Johnson effectue — mais avec une conclusion incohérente — des rappochements curieux, ainsi que le révèle J. Algeo ; en effet, à la poursuite de l’identification du Mahtama Morya, il attribue la conduite sectaire du Maharadja du Cachemire, Ranbir Singh, et quelques traits moraux « monomaniaques » de ce dernier au… Mahatma Kout Houmi ! Identifier Morya en se référant à Kout Houmi est totalement illogique.

    Compte tenu de ce qui précède, et qui est loin d’être exhaustif…, il est patent que l’identification du Mahatma Morya à Ranbir Singh, Maharadja du Cachemire, tout honnête homme que fût ce dernier, assassiné à la suite d’une conspiration « le 12 septembre 1885 » (op.cit.p.144 et p.150), n’est aucunement prouvée et s’avère, enfin, eu égard à l’ensemble du contexte théosophique, profondément absurde.

 


[1] Le Maître qu’elle voyait en rêve durant son enfance.