« The Théosophist » de juillet 1882

Extrait de
« THE THEOSOPHIST » de Juillet 1882
 [1]
Édité par : Madame H.P BLAVATSKY [2]

« Réalisation d’une prédiction »

Quand, en réponse à une controverse, l’auteur du « Monde Occulte »[3] écrivit au « Bombay Gazette » le 4 avril 1882, il commença sa lettre par la profession de foi suivante :

« J’étais déjà sûr, lorsque j’écrivis « le Monde Occulte », que la Société Théosophique a été reliée par Madame Blavatsky à la Grande Fraternité des Adeptes que j’ai décrite. Je sais maintenant que c’est le cas, avec une plus grande et large connaissance. ». Notre loyal ami était loin de se douter, quand il écrivait ces lignes, que son affirmation serait un jour confirmée par des milliers de témoignages. Et aujourd’hui tel est le cas. Les sceptiques et témoins partiaux ou intéressés peuvent en général se moquer comme ils l’entendent, le fait ne peut être nié. Nos amis — dont nous considérons certains comme nullement lunatiques ou imposteurs — seront au moins heureux de lire la Déclaration qui suit.

On nous informait, depuis Madras, qu’un érudit Tamil bien connu, Pandit au sein du « Presidency College », désirait avoir une conversation privée avec nous. Cette entrevue se fit en présence de M. Singaravelu, le Président de la « Société Théosophique Krishna » et d’un autre Théosophe digne de confiance, M. C. Aravamudu Ayangar, un Sanskritiste de Nellore. Nous n’avons pas ici davantage de liberté pour révéler toutes les questions posées par nous que nous n’avons celle de divulguer certains autres faits qui corroborent toujours plus fortement nos affirmations répétées que notre Société a été fondée sur la suggestion directe des Adeptes indiens et tibétains et que notre arrivée dans ce pays ne fut qu’obéissance à Leurs Vœux. Mais nous laisserons nos amis tirer leurs propres déductions de tous les faits. Nous sommes heureux de savoir que l’éminent Pandit s’emploie maintenant, en langues Tamil et Telugu, à la rédaction d’un récit plus développé que celui qu’il a donné ici et qu’il prend des mesures pour obtenir les attestations de témoins respectables encore en vie qui ont entendu son Gourou prédire les événements qui se sont intégralement réalisés.

(Un rédacteur)

Déclaration de

THOLUVURE VELAYUTHAM MUDALIAR
Pandit Tamil détaché du « Presidency College », Madras

À l’auteur de « Hints on Esoteric Theosophy »[4]

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous informer que j’étais un Chela du dernier « Arulprakasa Vallalar » également connu sous le nom de « Chithambaram Ramalinga Pillay Avergal », Yogi célèbre dans l’Inde du Sud.

Il a été porté à ma connaissance que la Communauté anglaise, ainsi d’ailleurs que quelques Hindous, ont conçu certains doutes quant à l’existence des Mahatmas (Adeptes) ainsi que sur le fait que la Société Théosophique se soit formée conformément à leurs instructions particulières. Ayant appris, de plus, par votre récent travail concernant les Mahatmas que vous aviez beaucoup de mal pour présenter la preuve du pour et du contre, je veux rendre public certains quelques faits en rapport avec mon dernier Gourou révéré. Je suis convaincu qu’ils devront ôter efficacement l’intégralité de tels doutes et attester que la Théosophie n’est pas une coque vide, ni une Société fondée sur des bases incertaines.

Laissez-moi poser la prémisse avec une brève description de la personnalité et des doctrines enseignées par l’ascète Ramalinga Pillay mentionné ci-dessus.

Il est né à Maruthur, Chithambaram Taluq, dans le Sud d’Arcot, District de Madras. Il est venu vivre à Madras dans la première période de sa vie et est demeuré là pendant longtemps. À l’âge de neuf ans, sans aucune lecture, Ramalingarn est reconnu par des témoins oculaires pour avoir été capable de réciter le contenu des travaux d’Agustia et d’autres Munis[5] autant respectés par les Dravidiens[6] que par les Aryens[7]. En 1849, je suis devenu son disciple bien que personne ne sache où il avait été initié. Quelques années plus tard, il réunit plusieurs disciples autour de lui. Il était un grand Alchimiste. Il avait en lui une étrange faculté, très souvent attestée, de pouvoir changer un individu carnivore en un végétarien, un simple regard de lui semblant suffisant pour détruire tout désir d’alimentation animale. Il avait aussi la merveilleuse faculté de lire dans le mental d’autrui. En l’an 1855, il a laissé Madras pour Chidambaram et de là il partit pour Vadalur et Karungooli où il resta quelques années. Il prit l’habitude pendant son séjour dans cette ville, de disparaître souvent et d’abandonner ses disciples, personne ne sachant où il était et de maintenir son absence pendant des périodes plus ou moins prolongées. Dans son apparence personnelle Ramalingam était un homme de taille moyenne, maigre — si maigre en effet qu’apparaissait presque un squelette — mais néanmoins encore plein de vitalité, de stature droite et marchant très rapidement avec un visage intelligent au teint hâlé, un nez droit et mince, de très grands yeux ardents avec un regard de tristesse constante sur son visage. Vers la fin, il laissa pousser sa chevelure et ce qui est plutôt peu commun avec les Yogis, il portait des chaussures. Ses vêtements étaient constitués de deux pièces de tissu blanc. Ses habitudes étaient excessivement sobres. On a su qu’il ne prenait presque jamais un quelconque repos. Végétarien strict, il mangeait, mais en une fois quelques bouchées de riz sur deux ou trois jours et en était satisfait. Mais quand il jeûnait, pour une durée de deux ou trois mois, il n’ingurgitait pratiquement rien, vivant simplement avec un petit sucre dissous dans de l’eau chaude.

Comme il prêchait contre les castes, il n’était pas très populaire. Mais des gens de toutes extractions s’amassaient toujours en grand nombre autour de lui. Ils venaient non tant pour ses enseignements que dans l’espoir d’être témoin et d’étudier les phénomènes ou « les miracles » engendrés par le pouvoir dont il était généralement crédité bien qu’il ait lui-même discrédité l’idée de quoi que se soit de supra-naturel, affirmant constamment que sa religion était basée sur la science pure. Parmi beaucoup d’autres choses, il a prêché :

  1. Bien que le peuple Hindou ne l’ait pas écouté, ni ait prêté l’oreille à ses conseils, la signification ésotérique des Védas et d’autres Livres Sacrés de l’Est serait néanmoins révélée par les gardiens du secret — les Mahatmas — aux étrangers qui la recevraient avec la joie ;

  2. Que l’influence fatale du cycle Kalipurusha, qui gouverne maintenant le monde, sera neutralisée dans environ 10 ans ;

  3. Que l’usage d’alimentation animale soit graduellement abandonné ;

  4. Que la distinction entre les races et les castes prendrait fin et que le principe de Fraternité Universelle serait finalement accepté et la Fraternité Universelle serait établie en Inde ;

  5. Que ce que les hommes appellent « Dieu » est, en fait, le principe de l’Amour Universel lequel produit et maintient l’Harmonie et l’Équilibre parfait à travers toute la nature ;

  6. Que ces hommes, une fois qu’ils auraient constaté la puissance divine latente en eux, acquerraient de si merveilleux pouvoirs qu’ils seraient capables de changer les opérations ordinaires de la Loi de la gravité, etc. ;

En l’an 1867, il fonda une société sous le nom de « SAMARASA VEDA SANMARGA SANGAM » ce qui signifie « société basée sur le principe de Fraternité Universelle pour la propagation de la véritable Doctrine Védique ». À peine ai-je besoin de faire remarquer que ces principes sont similaires à ceux de la Société Théosophique. Notre société vécut pendant cinq ou six ans et, durant ce laps de temps, un très grand nombre de pauvres et d’infirmes fut nourri et pris en charge par nos membres.

Quand il atteignit sa 50e année (en 1873) il commença à préparer ses disciples pour son départ de ce monde. Il annonça son intention d’entrer à Samadhi. Pendant la première moitié de 1873, il prêcha avec plus de force ses convictions sur la Fraternité Humaine. Mais, pendant le dernier quart de l’année, il renonça entièrement à ses sermons et maintint un silence presque inviolé. Il ne reprit la parole que les derniers jours de janvier 1874 et réitéra la prophétie relatée ci-après. Le 30e jour de ce mois à Mettukuppam, nous avons vu notre maître pour la dernière fois. Choisissant une petite construction, il entra seul dans l’unique pièce et après avoir fait un tendre adieu à ses Chelas, il s’étendit sur un tapis. Ensuite, selon ses ordres, la porte fut verrouillée et l’unique ouverture murée. Mais, quand un an plus tard, l’endroit fut ouvert et examiné, il n’y avait rien qui puisse être vu, sinon une pièce vide. Il était parti en nous promettant de réapparaître un jour, mais ne nous faisant aucune suggestion quant au moment, lieu ou circonstances. Jusque-là, cependant, nous avait-il dit, il ne travaillerait pas seulement en Inde mais aussi en Europe, en Amérique et tous les autres pays pour influencer l’esprit des hommes justes afin d’aider à préparer la régénération du monde.

Tel est en bref, l’histoire de ce grand homme. Les faits que j’ai mentionnés ci-dessus sont connus de milliers de personnes. Son unique occupation était la divulgation des sublimes doctrines morales contenues dans l’Hindu Shastras[8] et l’inculcation dans les masses des principes de Fraternité Universelle, de bienveillance et de charité. Mais, à sa grande déception, il n’a trouvé dans ces grands rassemblements que peu d’hommes qui apprécièrent son éthique élevée. Pendant la dernière partie de sa mission terrestre visible, il exprimait souvent sa douleur amère pour ce triste état de choses et revendiquait à plusieurs reprises :

  « Vous n’êtes pas dignes de devenir membres de cette Société de Fraternité Universelle. Les véritables membres de cette Fraternité vivent loin, vers le Nord de l’Inde. Vous ne m’écoutez pas ! Vous ne suivez pas les principes de mes enseignements ! Vous semblez être déterminés à ne pas être convaincu par moi. Mais le temps n’est pas loin où des personnes de Russie, d’Amérique (ces deux pays étaient toujours nommés) et d’autres pays étrangers viendront en Inde et vous prêcheront cette même doctrine de Fraternité Universelle. Alors seulement vous discernerez et apprécierez les Grandes Vérités que j’essaie vainement de vous faire accepter maintenant. Vous verrez bientôt QUE LES FRÈRES QUI VIVENT dans le NORD LOINTAIN feront beaucoup de miracles en Inde de manière sous-jacente et conféreront ainsi d’incalculables bénéfices à notre pays. »

La prophétie a, à mon avis, été littéralement accomplie. Le fait que les Mahatmas du Nord existent n’est pas une idée nouvelle pour nous, les Hindous, et le fait étrange que l’apparition de Madame Blavatsky de Russie et du Colonel Olcott d’Amérique ait été prévue plusieurs années avant qu’ils ne se soient rendus en Inde, est une preuve irréfutable que mon Gourou était en communication avec ces Mahatmas sous la direction desquels fut fondée par la suite la Société Théosophique.

Tholuvure Velayutham Mudaliar, F.T.S.

Témoins :

MUNJACUPPAM SINGARAVELU MUDALIAR,
Président de la Société Théosophique Krishna

KUMBAKONUM ARAVAMUDU AYANGAR,
Étudiant de la Société Théosophique Nellore

« La position officielle du Pandit Velayutha, un des Pandits du « Presidency College » de Madras est une garantie suffisante de sa respectabilité et de sa fiabilité. »

G. MUTHUSWAMY CHETTY
Juge à la Petite Cour de Justice, Madras
Et Vice-président de la Société Théosophique de Madras

===========================================

Note de l’Éditeur : c’est un des cas de prévision d’événement à venir qui est le moins ouvert aux soupçons ou encore à la mauvaise foi. Le caractère honorable du témoin, la large publicité des déclarations de son Gourou et l’impossibilité qu’il ait pu y avoir une rumeur publique, une déclaration dans les journaux du jour ou n’importe quelle suggestion venant de la part de la Société Théosophique aux Indes tout cela concoure à soutenir la déduction que le Yogi Ramalingam était véritablement à l’écoute de ceux qui ont ordonnancé la fondation de la Société.

En mars 1873, il nous a été ordonné d’aller de Russie à Paris. En juin, on nous a dit de passer aux États-Unis où nous sommes arrivés le 6 juillet. C’était la période même où Ramalingam présageait avec le plus de force les événements devant arriver. En octobre 1874, nous avons reçu une suggestion pour aller à Chittenden dans le Vermont, à la célèbre ferme de la famille Eddy, là où le Colonel Olcott était engagé dans le cours de ses investigations — si célèbres maintenant dans les annales du Spiritisme et des soi-disant « matérialisations d’Esprits ». La Société Théosophique a été fondée en novembre 1875 et ce n’est qu’en 1878 qu’une correspondance a commencé avec des amis aux Indes, ce qui a abouti au transfert du Quartier général de la Société à Bombay en février 1879[9] .


[1] Lien vers le texte original en langue anglaise
[2] Madame H.P Blavatsky, fille du Lieutenant Général Alexis Hahn von Rottenstern-Hahn : petite-fille du Conseiller Privé Andrew Fadeew et de la Princesse Helene Dolgorouk et veuve du Conseiller d’État. Nicephore Blavatsky dernier vice-Gouverneur de la province d’Erivan du Caucase de S.A.S. le Tsar de toutes les Russies.
[3] (NdT) D’alfred P. Sinnett – Ce monde est celui des Adeptes de la Science Occulte. L’auteur, plutôt rationaliste, devenu un collaborateur de Mme Blavatsky, fait le récit des extraordinaires phénomènes qui se produisaient dans l’entourage de la fondatrice de la Société Théosophique. Il explique aussi les circonstances dans lesquelles s’établit une correspondance entre les Maîtres et lui-même.
[4] (NdT) L’auteur en question est Allan Octavian HUME (1829-1912) fondateur de l’Indian National Congress en 1885, parti qui allait stimuler le réveil national de l’Inde
[5] Saints ou sages en sanscrit
[6] Ce terme désigne les populations du Sud de l’Inde dont certaines langues sont encore parlées, tel le tamoul, le malayalam ou le télougou.
[7] Ce terme désigne ordinairement les populations du Nord de l’Inde dont la langue est le sanscrit. Pour mieux comprendre les notions d’Aryens et de Dravidiens, voir « Un exposé succinct du problème de l’invasion aryenne »
[8] Les Écritures sacrées de l’Inde : le Rig, le Yajur, le Sâma et l’Atharva Védas et les textes d’exégèses appelés Védângas au nombre de six: Shiksha, Vyâkarana, Chhandas, Jyotisha et Kalpa, ainsi que les quatre catégories de livres que sont les Pourânas, le Nyâya, le Mimâmsa et les Dharma Shâstras. Dans cette classification, les Upa-purânas font partie des Pourânas et le Védânta du Mimâmsa. Le Mahâbhârata, le Râmâyana, aussi bien que le Sankhya, Pâtanjala, Pâshupata et Vaishnava font partie des Dharma Shastras. Ainsi ensemble, ils constituent 14 Vidyas ou Connaissances. En plus de cela, il y a quatre Upa-vedas qui sont: Ayurveda, Dhanurveda, Gandharvaveda et Arthashâstra, des appendices aux Védas respectifs.
[9] (NdT)La date exacte de l’arrivée à Adyar des Théosophes est le mardi 19 décembre 1882, le départ de Bombay ayant eût lieu le samedi 16 décembre 1882.