Programme des Adeptes au XIXe siècle

Comme chaque dernier quart de siècle, les Adeptes ont voulu encore une fois, au XIXe siècle, aider l’Humanité. Ce qu’Ils décidèrent, toutefois, à ce moment-là, fut « une première » car ce qu’Ils entreprirent là, jamais Ils ne le firent auparavant, du moins avec pareil « dévoilement ».

En effet, Il décidèrent non seulement de révéler au monde leur propre existence – celle la Confrérie secrète qu’Ils formaient depuis des millénaires et qui avait pour siège principal les hauteurs himalayennes – mais surtout de délivrer aux hommes l’Histoire de notre planète, l’origine de l’Humanité (Anthropogénèse) et la naissance et l’organisation de l’Univers (Cosmogénèse). Ils ouvraient littéralement une partie des Archives du Temps à tout être d’une suffisante bonne volonté pour accepter celles-ci, les étudier et voir, finalement, quel Chemin lui-même pourrait ensuite entreprendre pour atteindre les Sommets spirituels que chacun d’Eux — ou chacune d’Elles[1] — avaient conquis.

Au dernier quart du XIXe siècle, il leur fallait donc reprendre le flambeau et continuer à enseigner à cette Humanité rebelle, victime de ses Institutions (l’Église qui persiste, la Science matérialiste qui pointe) et aussi des rejets suscités par son ignorance.

C’est à ce moment précis de l’Histoire européenne que se situe « le Travail » des Maîtres confié à Helena Petrovna Blavatsky (H.P.B.). Nous connaissons l’issue de ce Message : discréditée, l’Émissaire mourut alors que le grand public la traitait d’ « imposteur ». Reconnue pour ce qu’elle était vraiment par ceux qui la connurent de près, par les authentiques spécialistes en matière de Tradition occulte (le IXe Panchen Lama, D. Suzuki, le Lama Kazi Dawa Sandup, etc.) et par les scientifiques à l’esprit en quête de vérité (C. Flammarion, Edison, Einstein, M. Plank, etc.). H.P. Blavatsky et son œuvre commencent — seulement en cette fin de XXe siècle  ainsi qu’elle l’avait prédit — à être perçus du grand public.

H.P. Blavatsky confia à la Comtesse Wachtmeister que lors de sa rencontre avec le Maître Morya à Londres en 1851, — vingt quatre avant, donc, la création de la Société Théosophique — ce dernier lui demanda sa coopération pour « un travail ». C. Wachtmeister dit : « qu’il [le Maître] voulait lui [à H.P.B.] demander sa coopération pour un travail qu’il allait entreprendre…Il lui fit clairement entrevoir tous les soucis qu’elle aurait à endurer et lui dit aussi qu’elle devait passer trois années au Tibet afin de se préparer à cette tâche importante. Après trois jours de sérieux examen avec son père [le Comte Hahn, accompagnant sa fille à Londres] H.P.B.  se décida à  accepter l’offre qui lui était faite… » (« La Doctrine Secrète et Madame Blavatsky » de C. Wachtmeister -Ed. Adyar – p.85).

Il sera peut-être intéressant de savoir que les Maîtres donnent au Disciple un « Plan Général », « une vue d’ensemble » du Message à délivrer, du travail à faire mais que, en ce qui concerne la mise en place de tout ceci, la forme dans laquelle se « coulera » le Message, le Disciple est totalement libre et… responsable. Cette attitude a toujours prévalu dans les siècles passés ; elle a été celle qu’ont adoptée les Maîtres envers H.P. Blavatsky.

Il ressort donc qu’un Plan de Travail existait dans l’esprit des Maîtres (ou Mahatmas) mais que la forme par laquelle ce Plan se réaliserait restait de l’initiative d’H.P.B. : la formation de la Société Théosophique, par exemple; H. P. Blavatsky aurait pu écrire les ouvrages que nous connaissons et en rester là, quitte à les défendre ensuite par des articles ou par la création d’un journal non nécessairement lié à une Fraternité comme le furent « The Théosophist » ou « Lucifer ». Ce furent plutôt les circonstances qui dictèrent, ainsi que le compte rendu du Colonel Olcott le laisse voir, la formation de cette Société ; quant aux livres, ils furent écrits, nous avons assez de témoignages à ce sujet, sous l’égide des Adeptes ; toutefois, même en ce qui concerne ces écrits, la situation n’était pas fixée d’avance ; en effet, « La Doctrine Secrète » est une réponse aux réactions favorables qu’a suscitée dans le public la parution d’ « Isis Dévoilée » et il semblerait que ce fût à la fois cet accueil et cette faveur de l’Humanité envers la Connaissance qui incitèrent les Adeptes à aller plus loin dans l’ouverture partielle des Annales Occultes de notre planète. Ils voulurent donc « La Doctrine Secrète » : « Je n’ai pas entrepris de réécrire et de m’engager dans les ennuis de ce livre infernal pour ma douce joie… Le Maître ordonne et veut qu’il soit écrit et je le ferai… » écrit H.P.B. à A.P. Sinnet (Cf. « Letters of H.P.B. to A.P. Sinnet », pp. 87-89). Quant au Colonel Olcott il confie à son journal du 9 janvier 1885 : « H.P.B. a reçu du Maître M. le plan pour La Doctrine Secrète. Il est excellent…. » (Cf. H.S. Olcott, op. cit.).

Ce « Plan de Travail » des Maîtres consistait à délivrer :

  • d’abord une autre approche du Spiritisme
  • puis un Enseignement devant éclairer la pensée spirituelle de l’Occident sur des vérités occultes.

1° Une autre approche du Spiritisme. Pourquoi commencer par le Spiritisme ? Parce que le phénomène de la mort sensibilise tout un chacun et nul ne peut rester indifférent devant la perte d’êtres chers et devant l’issue de sa propre vie. Savoir que l’être humain n’est pas uniquement un amas de chair, de viscères, d’organes, d’os et un flot de sang mais aussi un ensemble constitué d’une substance subtile — invisible — dont la subtilité d’ailleurs suit une gradation continue en ténuité, ce tout servant de support, de « véhicule » à l’Esprit Unique, voilà un message que ce XIXe siècle par trop positiviste devait entendre. En effet, depuis Lavoisier, la Science prit un cours matérialiste et la négation de l’existence d’un monde invisible devenait l’assise de toute pensée « sérieuse ». C’était faire peu de cas de la souffrance humaine face à ce néant noir qui devait s’ouvrir devant chacun, pensait-on, après la mort.

D’un autre côté, les séances spirites, très à la mode depuis le XVIIIe siècle, étaient, du point de vue occulte, de véritables nids de vipères : le médium ne savait pas vraiment ce qui lui arrivait, ce qu’il subissait ou non, qui se manifestait véritablement — quelle était « l’identité » réelle du revenant — au cours de la séance et ce qu’il advenait de sa propre énergie vitale et de celle des assistants. Les spirites, de plus, croyaient que le « royaume des morts » était l’authentique « royaume spirituel » avec toute la connotation positive que ce dernier adjectif implique. Ils s’ouvraient ainsi, sans le savoir, à de véritables impostures opérés par ces entités évoquées dont les messages étaient reçus comme le Saint Sacrement…

Rassurer, par conséquent, ceux qui croyait douloureusement en un néant post-mortem et enseigner aux spirites les rudiments des Sciences Occultes.

C’est ce que réalisa H.P.B. — ou tenta de réaliser — d’abord au Caire (où elle échoua) puis aux États Unis à partir de 1874 — avec succès, cette fois-ci — lorsqu’elle rencontra le Colonel Olcott à la ferme des Eddy. Une grande partie de leur travail, jusqu’en 1878, fut consacrée à cette partie du « Plan ».

2° Un Enseignement devant éclairer la pensée spirituelle de l’Occident sur des vérités occultes.

L’éveil de la pensée occultiste, dès la fin du Moyen-Âge et pendant les siècles suivants,  infusée par les Rose+Croix, les Alchimistes, les penseurs et théurges (comme G. Bruno, le Comte de Saint Germain et le Comte de Cagliostro, etc.), enfin par la publication de toute une littérature mi-souterraine qui attisait les esprits (le XVIIIe siècle en fut friand ; que l’on songe au succès du livre de Montfaucon de Villars, « Le Comte de Cabalis »…), fit de la fin du XIXe siècle un terrain propice à l’émergence d’un Enseignement plus complet, plus « coordonateur » des éléments épars et tronqués de l’Hermétisme occidental que celui-ci véhiculait depuis la mise à mort de la Sagesse Antique dès le IVe siècle de notre ère.

C’est ce que H.P.B. réalisa :

  • en créant avec le Colonel Olcott la Société Théosophique (1875) ;
  • en écrivant « Isis Dévoilée » (1877) ;
  • en enseignant la Doctrine Hermétique — à partir de 1878 — par des conférences aux Indes et des articles publiés dans un journal nouvellement créé « The Théosophist », puis dans « Lucifer » ;
  • en rédigeant son œuvre magistrale qui contient des révélations uniques sur l’Histoire occulte de l’Univers et de notre planète : « La Doctrine Secrète » ;
  • en poursuivant cet Enseignement aussi bien auprès de disciples que dans le Cercle privé, à Londres, un peu avant sa mort.

Dans une lettre conservée dans les Archives d’Adyar à Madras (Inde) datée du 24 février 1888, H.P. Blavatsky confie : « C’est moi qui ai introduit la preuve de nos Maîtres au monde… Je l’ai fait parce qu’Ils m’ont envoyée pour faire le travail comme une expérience neuve au XIXe siècle et je l’ai fait aussi bien que je savais… ».

A l’instar, donc, de ses prédécesseurs des siècles passés, H.P.B. accomplit le « Travail » des Maîtres pour ce qui concerne son propre siècle et, à l’instar de ces mêmes prédécesseurs, elle subit injures, trahisons et calomnie. Si la « Sainte » Inquisition avait pu l’envoyer au cachot, sinon au bûcher, elle l’eût fait… mais ses contemporains se chargèrent de lui infliger la prison du ridicule et le bûcher de la calomnie.

« Les Grands Êtres vivent, rêvent, sentent au-delà du temps, par-delà l’Histoire, ce filet complexe d’événements dans lequel nous autres vivons prisonniers. La force de leurs sentiments élevés leur permet de « voir » au loin ce que nous autres osons à peine pressentir. Cette énorme différence de perspective rend difficile le communication entre « Eux » et « nous ». Et, cependant, nous avons besoin les uns des autres, d’une façon si intense et parfois si désespérée, que l’histoire des efforts que nous avons faits pour nous relier est remplie de faits mémorables. Peut-être que les pages les plus belles et les plus suggestives de la grande histoire de l’humanité ne furent, en réalité, que des épisodes plus ou moins heureux de ce dialogue mystérieux, bien qu’il n’apparaisse pas comme tel ou ne soit même pas mentionné. Helena Petrovna appartient à cette liste, heureusement longue, de personnages inspirés par la puissante Lumière de la Sagesse millénaire… » (Maria Dolorès Fernandez-Figares, article écrit dans « H.P. Blavatsky – Réflexions sur l’actualité de ses Enseignements ésotériques » — Éd. Nouvelle Acropole – 1991 – p. 127).


[1] On parle toujours des Adeptes au masculin. En fait, l’Adepte prend le corps physique le plus approprié à sa Mission : homme ou femme, cela dépend. Lorsqu’Ils durent se manifester au monde, un monde d’hommes, Ils prirent la plupart du temps un corps physique masculin, sinon leur Message — déjà difficilement accepté —  n’aurait même pas été écouté et « Elle » aurait été mise en pièces… (voir le sort d’une Disciple, Hypatie d’Alexandrie). Il est des Adeptes que la Théosophie « officielle » considérait de sexe masculin  – car le contraire eût étonné, voire choqué, les mentalités de l’époque- alors qu’il n’en fut rien. David Anrias, dans « Through the eyes of the Masters » publie des portraits d’Adeptes qu’il a dessinés, et pour certains, de manière tout à fait archétypale…