Authenticité des Sources de l’Enseignement contenu dans « La Doctrine Secrète »

 

Aujourd’hui il apparaît clairement que les Sources de « La Doctrine Secrète » sont authentiquement fondées dans la Tradition tibétaine la plus occulte et la plus protégée qui soit au monde et au cours des siècles.

Cette Tradition recèle elle-même toutes les Annales planétaires, rescapées des « mondes lointains » engloutis[1] et de l’Antiquité méditerranéenne (Égypte et Grèce). Le passé de l’Humanité a ainsi été sauvegardé dans ces sommets enneigés par les Adeptes pour être livré au monde de façon très fragmentaire à la fin du XIXe siècle.

Le seul fait que, pendant un siècle, on n’ait même pas pris la peine d’effectuer le rapprochement entre le « rGyud sde » et la mention du « Kiu-Te », déjà effectuée par le Père Della Penna en 1730, en dit long sur la compétence et la bonne foi d’Orientalistes du début de notre siècle.

Toutes les « sources » de la Doctrine Secrète se trouvent à présent prouvées par la découverte du fameux livre de Kiu-Té et son identification par le Tibétologue David Reigle ainsi que par l’approche récente qui put être faite — suite au départ forcé des Tibétains vers l’Inde en 1959 — des manuscrits secrets appelés « Kalachakra » qui comportent le fondement de nombreux Enseignements contenus dans la Doctrine Secrète d’H.P. Blavatsky.

Mais certains de ces « spécialistes » qui, de nos jours, tiennent audience en France et en Europe, mal à l’aise devant les découvertes de leur homologue, le tibétologue David Reigle, continuent d’ignorer délibérément l’œuvre magistrale de Madame Blavatsky, cette Connaissance sacrée et primordiale, préservée au Tibet et délivrée à l’humanité au siècle dernier par des Adeptes compatissants.

 


[1] Mondes lointains engloutis : la très ancienne Lémurie et surtout la fabuleuse Atlantide qui formait un continent immense dans l’Atlantique, comprenant, dans ses premiers temps, les côtes de Floride,  les côtes Est de l’Amérique actuelle, le Mexique et les îles Caraïbes qui étaient encore unies à ce qui correspond à notre Mexique ; L’Atlantide s’affaissa en 4 temps :

  1. une première fois vers -800.000 ans,
  2. une deuxième fois, vers -200.000 ans,
  3. une troisième fois vers -80.000 ans (ne laissant plus qu’une île, immense néanmoins, la Poséidonis à laquelle se réfère Platon dans le Timée),
  4. une quatrième et dernière fois en 9.564 av. J.C.

Définition de cette Authenticité

 
La Doctrine Secrète » (« The Secret Doctrine », deux tomes en un volume, paru à Londres en 1888), œuvre majeure d’H.P. Blavatsky, est présentée par son auteur comme la révélation d’une Doctrine Occulte que ses Instructeurs, notamment les Mahatmas Morya et Koot-Homi, attachent (dans les Lettres des Mahatmas à A. P. Sinnett) à « l’École Arhat Transhimalayenne ».

On a longtemps prétendu que les Enseignements que Mme Blavatsky avait reçus du Bouddhisme étaient de seconde main, que ceux-ci — d’après l’exposé qu’elle en faisait — différaient à tel point des enseignements exotériques connus, que l’assimilation qu’elle en eut ou l’authenticité de ses Sources étaient à mettre radicalement en cause.

En fait, nul ne s’opposera, avant sa mort, aux prétendues compétences de ses détracteurs, sinon les quelques amis qui l’ont côtoyée assez longtemps pour être définitivement convaincus de l’authenticité de sa forma­tion aux côtés de ces fameux Adeptes auxquels elle se référait sans cesse.

Aujourd’hui, on en reste encore — en France du moins — le plus souvent à la sanction des soi-disant « spécialistes occidentaux du Bouddhisme et de l’Hindouisme », tels ses contemporains Arthur Lillie, et Coleman, ceux-ci considérant « La Voix du Silence » — un petit chef d’œuvre de Mme Blavatsky — comme un salmigondis de textes empruntés à l’Inde védique plutôt qu’à la littérature tibétaine.

René Guénon fit école en reprenant ces arguments. Il n’eut pas de mots assez durs pour dénoncer en Mme Blavatsky un imposteur, ce que proclamèrent en écho Papus et nombre d’occultistes occidentaux du début de siècle, lesquels, sans l’avouer ouvertement, n’acceptaient pas qu’une femme pût intervenir d’une manière quelconque et avec autorité dans le débats multiséculaire sur des Sciences Occultes, craignant, de plus, pour la crédibilité qui fondait leur propre « carrière »…

En réalité, deux facteurs amènent le discrédit dont reste entouré le personnage de Mme Blavatsky et deux autres frappent directement son œuvre :

a) — le discrédit quant à sa personne tient aux faits que :

  1. femme, elle venait s’immiscer dans un discours resté une exclusivité masculine depuis la nuit des temps ;
  2. dotés de facultés psychiques incontestables, elle bouleversait sur son passage toutes les idées reçues relatives aux lois « naturelles » par l’accomplissement de « phénomènes » surprenants et inexplicables en l’état des connaissances du monde.

b) — le discrédit quant à son œuvre  tient :

  1. au déni de sa compétence en matière de Doctrines orientales ;
  2. à la négation de l’authenticité des Sources de son Initiation.

Ce dénigrement, toutefois, relève d’un état des questions datant du siècle dernier. Cent ans plus tard, aujourd’hui, donc,  l’authenticité de la démarche pionnière d’Helena Blavatsky s’est trouvée cautionnée par des autorités dont la crédibilité scientifique dépasse largement celle de quelques détracteurs qui firent beaucoup de bruit  à son époque.

C’est ce que nous allons aborder en posant des questions dont la réponse confortera la vérité des affirmations de Madame Blavatsky :

Le fonds de cet Enseignement réside-t-il dans les documents très anciens et ignorés de la majeure partie des Occultistes orientaux et a fortiori Occidentaux ? (Ancienneté et caractère secret des documents fondant la Doctrine Secrète)

H.P. Blavatsky et l’accès au Tibet

 

En 1856, voyageant en Inde, Helena Blavatsky tenta d’aller au Tibet ; en vain ; l’entreprise échoua.

En 1864 elle parvint à pénétrer pour la première fois au Tibet. Le volet oriental de son Initiation va dès lors prédominer pour un temps ; cette étude durera trois ans (1864-1867) mais on ne possède pas de détails sur ce cycle de par sa propre volonté.

Tout au plus donne-t-elle quelques indications sur les principes de la formation magique qu’elle suit aux côtés de son Maître, le Mahatma Morya, qu’elle présente comme d’origine Radjpoute qui réside, tout comme son autre Instructeur — le Mahatma Kout Houmi — principalement à Shigatsé, au Tibet, à proximité de Tashi-lhunpo, à près de 250 kilomètre de Lhassa[1].

Elle précisa à ce propos :

«  J’ai vécu à différents moments dans le Petit et le Grand Tibet [Sikkhim]… et ces périodes combinées forment plus de sept ans. Cependant, je n’ai jamais affirmé ni verbalement ni sous ma signature que j’avais passé sept années consécutives dans un couvent. Ce que j’ai dit et répète maintenant est que j’ai visité Shigatsé, le territoire de Tdashoo-Hlum-po [Tashi-lhunpo] et ses environs, que j’ai été plus loin à l’intérieur et dans des lieux du Tibet tels qu’ils n’ont jamais été visités par des Européens. »[2]

Le Tibet, le Népal ou le Sikkim, lui offrent l’opportunité d’étudier sérieusement les Sciences Occultes dont celle du légendaire « Meipo. Elle visite donc pendant ce séjour bien des lieux où elle peut s’initier à ce qui sera la Source fondamentale de ses écrits ultérieurs.

Quelque cinquante ans avant Alexandra David Neel, Mme Blavatsky présente ainsi cet univers tibétain  :

« L’étude théorique de la Magie est une chose; la possibilité de la pratiquer en est une autre. A Brass-ss-Pungs, le collège mongol, plus de trois cent magiciens (sorciers, comme les appellent les missionnaires français) enseignent à plus du double d’élèves entre seize et vingt ans; ceux-ci doivent attendre plusieurs années avant de passer l’initiation finale. Pas un pour cent n’atteint le but final; et sur les milliers de lamas qui occupent une ville de maisonnettes autour du monastère, deux pour cent tout au plus, deviennent des faiseurs de merveilles. On peut apprendre par coeur chaque ligne des 108 volumes du Kandjur, et néanmoins faire un piètre magicien pratique ». « Le kandjur est le Grand Canon bouddhiste qui comprend 1.083 ouvrages en plusieurs centaines de volumes, dont beaucoup traitent de la Magie »[3].

A propos du cadre de sa formation, elle-même précise :

«  Je n’ai jamais non plus reçu d’instruction « sous le toit » des moines.… J’aurais pu vivre dans une Lamaserie masculine, comme le font des milliers de laïcs, hommes et femmes ; et j’aurais pu avoir reçu là mon instruction. N’importe qui peut aller à Darjeeling et recevoir à quelques milles de là, des enseignements des moines Tibétains et cela « sous leur toit » . Mais je n’ai jamais rien prétendu de tel, et cela pour la simple raison qu’aucun des Mahatmas dont les noms sont connus en Occident  ne sont des moines… »

Madame Blavatsky, affirma donc, au regard de ces longues études himalayennes, faire état dans ses écrits, d’une Tradition située en amont de tous ces courants spirituels et maintenue intacte au Tibet par une École particulière d’Arhats, refuge où cette Sagesse, « la Gupta Vidya », parvint après avoir été générée aux temps prévédiques dans l’antique Aryavarta. C’est en cette Source que l’auteur de « La Doctrine Secrète » tentait de rechercher l’unité de la Tradition Ésotérique première, une prisca sapientia identifiable au cœur de toutes les Religions.

Des appréciations émanant de personnalités reconnues dans le domaine de l’Ésotérisme et de la Science nous sont parvenues au sujet de l’œuvre d’H.P. Blavatsky :

  • Le Mahatma Gandhi : « La Théosophie… c’est l’Hindouisme dans ce qu’il a de meilleur ».
  • Le Dr. W. Y. Evans-Wentz, traducteur du Bardo Thödol (le « Livre des Morts » tibétain) : « En regard de la signification ésotérique des quarante-neuf jours du Bardo, comparer : « La Doctrine Secrète », de H.P. Blavatsky, Londres, 1888, p. 238, 411, 617, 627-28. Le Lama Kasi Dawa Samdup considérait, en dépit des critiques dirigées contre ses ouvrages, que H. P. Blavatsky devait incontestablement avoir reçu un enseignement lamaïque élevé, ainsi qu’elle le prétendait ».
  • D. T. Suzuki (dont les œuvres font autorité sur le Bouddhisme Zen) : « La Voix du Silence »[4] est la véritable Doctrine Mahayana. Il ne fait aucun doute que Mme Blavatsky a été initiée, d’une manière ou d’une autre, à l’aspect le plus profond des enseignements du Mahâyâna et qu’elle a ensuite révélé ce qu’elle a jugé sage de donner au monde occidental sous le nom de Théosophie… Il est certain que le mouvement théosophique a fait connaître au grand public les Doctrines essentielles du Bouddhisme Mâhayâna et l’intérêt qui se développe maintenant pour celui-ci en Occident a certainement été soutenu par la connaissance de la Théosophie… »[5]
  • Le IXe Panchèn Lama lui-même (Lobsang Tub-Ten Cho-gyi Nyima — seconde autorité religieuse du Tibet après le Dalaï Lama, dans son exil chinois de 1927) se prononçait de manière identique sur le texte de « La Voix du Silence », réédité cette année-là, en Chine. Cette édition recevra de lui quelques mots de dédicace hautement significatifs du crédit qu’il portait à l’œuvre, après qu’il eût insisté pour disposer de la version originale du texte d’H.P. Blavatsky auprès de deux Théosophes qui lui rendaient visite (les amendements apportés par les Éditions Adyar dans les rééditions plus récentes n’ayant pas son agrément)[6]. Madame Blavatsky affirmait avoir reçu ses Enseignements occultes d’Adeptes, notamment de son Maître, le Mahatma Morya, résidant souvent à Shigatsé au Tibet et du Mahatma Kout Houmi, un Adepte cachemirien de naissance et résidant par intermittence au Tibet près du célèbre monastère de Tashi-Lhunpo. Or, ce dernier est le siège de l’Institution du Panchèn Lama, seconde autorité religieuse du Tibet mais considérée comme « première » pour la Tradition réformée.

 

En conséquence, les liens des Instructeurs de Mme Blavatsky avec cette citadelle du Bouddhisme Mahayana sont évidents et prouvent l’accès de H.P.B. à une Tradition Ésotérique totalement marginale, — en amont —  tant par rapport au Lamaïsme qu’au Brahmanisme.

 


[1] Dans une lettre datée du 2 octobre 1881, H.P.B. écrit à Miss Billings « Maintenant, Morya vit généralement avec Kout Houmi dont la maison est située vers le montagnes de Kara Korum en dessous du Ladakh qui se trouve dans le Petit Tibet et qui appartient maintenant au Cachemire. C’est une vaste batisse de bois, construite comme une pagode chinoise…. ». Cette lettre laisse entendre, qu’auparavant, avant 1881, dans les années 1861-1867, le Maître résidait ailleurs. Cette résidence de 1881 au Ladakh ne semble pas fixe, car d’une part des deux Maîtres voyagent et, d’autres part, ils paraissent faire de fréquents et longs séjours à Lhassa ou à Shigatsé (Tibet) ainsi que les « Lettres des Mahatmas » le laissent paraître.
[2] (Loc. cit. in P. M., p. 136). Ces propos sont extraits de réponses d’H. P. B. le 3 Août 1883, à un pamphlet de Mr. Arthur Lillie ( auteur de Bouddha and Early Bouddhisme) , paru dans la revue spiritualiste Light., Londres,, vol. IV, n° 188, 9 Août 1884, pp. 323-324.)
[3] Note d’H.P.B.dans « Isis dévoilée », t. IV, p. 296).
[4] Œuvre de H.P. Blavatsky – Ed. Adyar (En fait, présentation de quelques vers extraits d’un ouvrage secret auquel elle accéda).
[5] Eastern Buddhist, (Old series) V, p. 376.
[6] (Fuller Jean Overton, Blavatsky and her Teachers, East-West Publications, London & The Hague, 1988, p. 231 et suiv.Les deux théosophes qui furent ainsi chaleureusement accueillis par le Panchèn Lama étaient Mrs Leighton Cleather et Basile Crump).

H.P. Blavatsky et les Adeptes :
La Hiérarchie des Maîtres

Les Adeptes auxquels se référait sans cesse Madame Blavatsky laissèrent d’eux un portrait peint par Hermann Schmiechen en juin 1884 avec l’aide subtile, à ce que dit le Colonel Olcott, du Maître Morya lui-même qui, invisible pour l’assistance, se tint derrière l’artiste en vue de l’inspirer.

Lorsque Madame Blavatsky vit ces portraits, elle en acclama la ressemblance et la tonalité générale de grandeur qui s’en dégageait et qu’elle reconnaissait.

Laissés à la visite de tous, dans le Hall d’Adyar à Madras, ces portraits furent ôtés de tout regard du public à la demande du Colonel Olcott qui, tout en voulant protéger le caractère sacré de ces Images, ne souhaitait pas que la vénération qu’ils engendraient devînt un culte frisant l’idolâtrie.

Ces portraits révèlent des personnalités marquantes, certes, portant barbe et cheveux longs à l’instar, serait-on tenté de comparer, des Mages Naldjorpas tels qu’en les rencontra, cinquante ans plus tard au Tibet, A. David Néel. Le Mahatma Morya porte le fekkar radjpoute sur la tête, blanc cassé sur la toile peinte ; il était aussi souvent de couleur avec des rayures… C’est ce que le raconte le Colonel Olcott qui eut la stupeur de voir, un soir très tard, alors qu’il veillait dans son appartement new-yorkais, apparaître de manière tangible et indiscutable, le Maître, de toute sa hauteur, vêtu de blanc et portant un fekkar rayé ; le Maître lui laissa, de façon très concrète, cette coiffe en gage d’intense amitié et le Colonel Olcott la garda toujours et la mis souvent dans les moments pénibles de sa vie pour conjurer les maux que ses contemporains ne manquèrent pas de lui infliger (Henry Steel Olcott, Old Diary Leaves, t.1).

Séparateur

Comment « classer » les Maîtres ? A quelle catégories de Mystiques-Mages orientaux officiellement reconnus au Tibet appartenaient-ils ? Il est probable que, dépassant toute nécessité de pareille appartenance, les Instructeurs de Madame Blavatsky fussent tout simplement des Adeptes [voir Maîtres de Sagesse] de si haut rang — ayant atteint un degré de développement de la Conscience si élevé — qu’ils bénéficièrent d’une vie parfaitement autonome et hors norme au regard des autres Mystiques proches. Ils pouvaient se déplacer, aller et venir du Japon en Chine comme le fit le Maître Kout Houmi [Cf. Lettres des Mahatmas] ou en Angleterre (rencontre d’H.P.B. avec son Maître à Londres en 1851) et en sillonnant les Indes comme le fit le Maître Morya (décrit sous le nom de Gulab Sing dans « Dans les cavernes et jungles de l’Hinsdoustan » d’H.P.B. – Ed. Adyar).

Il est clair, ainsi qu’on va le voir dans d’autres pages, qu’ils collaborèrent avec la Hiérarchie Spirituelle la plus haute du Tibet et ne se soumirent qu’au plus Grand des Adeptes, « le Chohan » pour l’accomplissement d’un travail d’envergure planétaire.

En effet, quoique étrangers à la structure officielle du Lamaïsme, les deux Instructeurs de Madame Blavatsky — le Mahatma Kout Houmi et le Mahatma Morya — s’en référaient constamment, avec une grande déférence, à un Adepte tibétain de haut rang, « le Chohan », comme étant leur Supérieur Hiérarchique. Le titre de « Vénérable Hobilgan »[1] que lui décerne le Mahatma Kout Houmi, semble le désigner comme le « Régent-Instructeur » du Panchèn Lama, Supérieur officiel du monastère de Tashi-lhunpo.

De fait, le voisinage de Shigatsé, au Tibet, place la retraite des Instructeurs de Mme Blavatsky dans l’ombre de la formidable citadelle de Tashi-lhunpo, abri du « Panchèn Lama » – abrégé tibétain du titre sanskrit « Pandita Tsang Po Lama » qui signifie « le Précieux savant en Écritures sacrées de la Province du Tsang Po » .

H.P. Blavatsky précisa :

« Il existe dans l’Himalaya un noyau d’Adeptes de différentes nationalités ; le Tashi Lama (Panchèn] les connaît et ils agissent de concert… Mon Maître [Morya] et K. H. comme plusieurs autres, que je connais personnellement, vont et viennent à cet endroit »[2].

De plus, les deux préfaciers de « La Voix du Silence », reçus par le IXe Panchèn  déclaraient explicitement : « Mme Blavatsky connaissait très bien le prédécesseur de l’actuel Panchèn Lama »[3].

Aujourd’hui, l’Occident connaît mieux le Dalaï Lama — le dignitaire qui occupe la fonction plus politique, quoique religieuse aussi — que le Panchèn Lama. Les péripéties de ce dernier, tout jeune aujourd’hui (1999) et enlevé par les Chinois a fait couler beaucoup d’encre… Toutefois, certains Bouddhistes tibétains considèrent le Panchèn comme le chef spirituel du « Bouddhisme Réformé », assumant la légitimité de la succession de Tsong-ka-pa (XIVe siècle), reconnaissant au Dalaï Lama un rôle plus « extérieur », plus exotérique .

Séparateur


[1] Voir à ce sujet la recherche de Mrs. Jean Overton Fuller, op. cit infra p. 106
[2] Propos de H.P.B. dans la préface de l’édition chinoise de « la Voix du Silence »-1927.
[3] Chrismas Humphrey Papers, Theosophical Library, Londres.

Arrière fond de Lamaïsme Ésotérique dans la Doctrine Secrète

 
Le Bouddhisme Ésotérique recèle des Trésors relatifs à la Connaissance de l’Univers et de l’Homme, celle-là même que les Annales Planétaires la préservèrent en Orient.

Bouddha

Le Bouddha Gautama, à l’instar d’autres Grands Adeptes après Lui, enrichit cette Connaissance de données « pratiques » permettant d’atteindre la délivrance de chaque être humain de ce cycle de matière, empli de souffrances, dans lequel il s’enlise depuis des millénaires. A ce sujet, le Dr. Evans-Wentz, traducteur du Bardö Thodöl, précise : «  Le Bouddhisme ésotérique, ainsi qu’on l’a appelé à tort ou à raison, semble avoir été transmis « de bouche à oreille » et suivant les doctrines de ce genre selon une règle orale et établie de Gourou à Shishya (« disciple »).

Le Tibet conservait depuis la nuit des temps ces Archives planétaires et c’est donc dans cette Terre des Neiges que le Bouddhisme, dans sa plus pure expression ésotérique trouva refuge lorsqu’il fut chassé de l’Inde.

C’est donc le Lamaïsme officiel[1] qui servit de couverture, si cette expression est permise, à la préservation de la Connaissance Sacrée ou Tradition Occulte de la Planète.

Ceci explique aussi pourquoi Instructeurs indiens de Mme Blavatsky — le Maître Morya et le Maître Kout Houmi — entretenaient avec la Hiérarchie du Bouddhisme tibétain (plutôt qu’avec la Hiérarchie d’autres Traditions asiatiques)  des relations très proches.

Cette Doctrine ou Connaissance Secrète se situe donc en amont à toutes les Traditions philosophiques, notamment celles de l’Orient, ce qui explique que ceux qui n’ont pas eu accès à cette Source, de près ou même de loin, ont cru que H.P.Blavatsly avait altéré sinon mal compris ces Traditions.

Ses détracteurs (le Pr. Müller, R. Guenon, Coleman, Lillie, etc.) ne prirent pas garde, en orientalistes véritables ou supposés qu’ils étaient, à deux faits :

  1. L’approche des Doctrines Ésotériques orientales par les Universitaires européens est essentiellement livresque. Aucun d’entre eux ne devrait songer à se prononcer sur des « Sources ésotériques » auxquelles ils n’ont pas accès — et dont ils ignorent parfois l’existence même. A croire R. Guénon, il n’existerait aucun Ésotérisme bouddhiste !… « En effet, la vérité est qu’il n’y eut jamais de Bouddhisme ésotérique authentique ; si l’on veut trouver de l’ésotérisme, ce n’est point là qu’il faut s’adresser…»[2]
  2. Jamais « La Doctrine Secrète » n’a prétendu être du pur « Bouddhisme »  — et tant mieux si elle l’est tout de même. Moins encore se présente-t-elle comme du « Brahmanisme » . Elle se veut un commentaire de sources « antérieures » à l’un et l’autre.

 


[1] Organisation politico-religieuse qu’ont adoptée les Communautés Bouddhistes du Tibet dès le VIIe siècle de notre ère, jusqu’à former une structure théocratique où Deux chefs, l’un temporel et l’autre, religieux, se sont partagé le pouvoir à partir des XV-XVIe siècles, respectivement le Dalaï Lama et le Panchèn Lama.
[2] R. Guénon, « Théosophie, histoire d’une pseudo-religion » – p. 105.

Introduction

Madame Blavatsky affirma avoir tenu dans ses mains, afin de s’instruire, des documents très anciens, écrits en une langue étrange et si lointaine dont même les Occultistes orientaux ignoraient, pour la plupart, l’existence : la langue Senzar

Elle affirma, de plus, l’existence d’ouvrages très ancien, formant un ensemble appelé le Kiu-Té qui était une véritable mine d’informations sur les Origines du Monde et des Espèces.

Du sein de ces livres secrets du Kiu-Té, émerge un autre, encore plus secret et étudié par un « Cercle très intérieur à Tashi Lumpo » au Tibet : le livre appelé Kâlachakra

La langue « Senzar »

 
Tout Enseignement provient, dit Mme Blavatsky, du Senzar, la langue sacrée et l’écriture secrète des Textes Esotériques d’une Tradition réfugiée désormais dans les régions transhimalayennes. Cette Tradition conserve l’usage de cette langue qui est la langue-mère des autres langues d’Asie. Mme Blavatsky affirma avoir appris le Senzar auprès de ses Maîtres.

C’est ici que gît un mystère dont l’élucidation peut seule trancher le débat ouvert autour de l’authenticité de son Œuvre : l’existence d’archives et d’un corpus doctrinal rédigé dans une langue inconnue des orientalistes, ce fameux Senzar…

H.P. Blavatsky précisa :

« Le Zen-(d)-zar », prononcé Senzar, est la langue sacerdotale en usage parmi les initiés de l’Inde archaïque. On le trouve maintenant en de multiples inscriptions indéchiffrables ; il est utilisé jusqu’à ce jour et étudié dans les Communautés secrètes des Adeptes orientaux et appelé par eux — selon la localité — Zend-Zar et Brahma ou Deva-Bashya. » (d’après The Theosophist, Juin 1883).

Elle poursuivit en énumérant les Traditions, tant orientales, qu’occidentales (l’Hermétisme Égyptien et la Kabbale Hébraïque), qui dérivent de la Tradition Première, consignée dans le langage symbolique de cette langue « antédiluvienne ». Les archives rédigées dans cette hiéroglyphique sont sous la garde des seuls Adeptes de la Fraternité Occulte centrée au Tibet et en quelques points du globe, dont l’Égypte, qui gardent ce langage secret ainsi que les Textes eux-mêmes.

Elle parla dans les termes suivants d’un « Catéchisme ésotérique Senzar » dont elle étudia le contenu dans le cadre de son premier voyage au Tibet :

«  Le langage sacerdotal (Senzar), à côté d’un alphabet propre, peut être restitué par plusieurs types de caractères chiffrés qui participent davantage de la nature des idéogrammes que des caractères syllabiques. … Le Senzar et le Sanskrit, ainsi que les autres langues occultes, à côté d’autres possibilités, ont un nombre et une couleur, et une syllabe distincte pour chaque lettre, tout comme l’ancien Hébreu  »[1]

Mme Blavatsky commente les propos du moine Capucin Della Penna qui se rendit au Tibet au XVIIIe siècle :

« Laissez-moi vous dire que les moines et les laïcs occidentaux donnent une vue des plus ridiculement absurdes de la Loi de la Foi, les croyances populaires du Tibet. Le Capucin Della Penna, dans sa description de la fraternité des “Byang-Tsiub” est tout simplement absurde. Prenant dans le Bkah-hggyur [“bKa’-‘gyur”, ou “Kanjur”, la Parole du Bouddha], et dans d’autres livres des lois tibétaines quelques descriptions littérales, il les embellit de sa propre interprétation. […] En premier lieu, le canon sacré des tibétains, le Bkah-hgyur et le Bstan-hgyur [ou bsTan-’gyur, le “Tanjour”, le commentaire de la Parole] comprend mille sept cent sept ouvrages distincts, soit mille quatre-vingt-trois ouvrages publics, et six-cent vingt-quatre volumes secrets, le premier étant composé de trois cent cinquante, et le second de soixante-dix-sept in-folio.  … Si, même par hasard, le public pouvait les voir, je puis assurer aux théosophes que le contenu de ces volumes ne serait jamais compris par celui qui n’a pas reçu la clef de leur caractère particulier et de leur signification cachée… Dans notre système, toute description de lieux est symbolisme ; chaque nom et chaque mot sont voilés à dessein ; et, un étudiant, avant de recevoir de nouvelles instructions, doit étudier la méthode permettant de déchiffrer, puis de comprendre et d’apprendre les termes ou synonymes secrets, équivalents presque à chaque mot de notre langue religieuse. Le système hiératique égyptien est un jeu d’enfant, comparé au déchiffrement de nos énigmes sacrées. Même dans les volumes auxquels les masses ont accès, chaque phrase a un double sens, l’un destiné aux profanes, l’autre à ceux qui ont reçu la clef des documents » (H. P. Blavatsky, Enseignements tibétains, Les Cahiers théosophiques, n° 105, pp. 3-4).

Le vocable de « hiératique » évoque le modèle cursif de l’écriture hiéroglyphique égyptienne et définit par conséquent une écriture idéographique, susceptible d’une interprétation symbolique.

Certes, le « Senzar », en tant que véhicule linguistique, reste totalement inconnu aussi bien des orientalistes d’aujourd’hui que de ceux du siècle dernier …

C’est aussi le cas du Livre de Dzyan, ce premier livre des commentaires du non moins énigmatique Kiu-Té, auquel se référait Madame Blavatsky. Accusée de mensonge… a-t-elle pu voir que ce serait seulement en  1981, un siècle après, que le Kiu-Té sera découvert et reconnu comme tel par le célèbre tibétologue D. Reigle.

 


[1] «  Doctrine Secrète ». t. I, p. LXXI. – Le livre de Kiu ti, est le livre de référence pour l’essentiel de la doctrine enseignée au Tibet à Mme Blavatsky par ses Instructeurs – (cf. Index des Lettres des Mahatmas).

Les livres secrets appelés « Kiu-Té »

Le premier volume d’ « Isis Dévoilée » commence par une allusion à « un vieux livre, si vieux que nos antiquaires modernes pourraient indéfiniment méditer sur ses pages, sans pouvoir se mettre d’accord au sujet de la nature de ce tissu sur quoi il est écrit. C’est la seule copie originale existant actuellement… » […] « Ce très vieux livre est l’œuvre originale d’après laquelle furent compilés les nombreux volumes de Kiu-Té… ».

Rouleau Tibétain

Exemple de manuscrits tibétains
sous forme de pothi et de rouleau.
Le Kiu-Té, bien antérieur, a-t-il cette
apparence ?
Photographie de
Stein en 1907

Ce livre, le Kiu-Té, était aussi celui auquel faisait fréquemment référence le Maître Kout Houmi.

S’agissant de l’existence de cet ouvrage, Madame Blavatsky se référa dans « La Doctrine Secrète », à un ouvrage intitulé « Narratives of the Mission of George Bogle to Tibet, and of the Journeys of Thomas Manning to Lhasa » (édité en 1876-1879) et écrit par C. R. Markham. C’est dans ce livre que figure un appendice contenant la traduction de « Breve notizia del regno del Thibet » (« Une brève description du Royaume du Tibet ») écrite en 1730 par le moine capucin Horatio Della Penna  « p. 309 et suivantes » comme indiqué par H.P. Blavatsky elle-même.[1]

Or le « Livre de Kiu-Té » était bien mentionné sous ce nom peu usité dans l’ouvrage du missionnaire Della Penna, daté de 1730, (lequel, en bon missionnaire catholique, ne cite celui-ci que pour le tourner en dérision). Le Père Della Penna di Billi, dit :« Ce Shakia Thupba [Bouddha] restaura les Lois qui, selon eux, étaient tombées en désuétude, et qui consistent maintenant […] en 106 volumes, dans lesquels les disciples de Shakia Thupba consignèrent tout le contenu de ces livres après la mort de leur maître, tel qu’il l’avaient entendu de sa bouche… ces volumes se divisent en deux sortes de lois, l’un des deux comportes 60 livres qui sont appelés les lois de Dote et l’autre, qui consiste en 38 volumes, est appelé Kiute ». Mais personne ne prit la peine de vérifier cette référence d’H.P. Blavatsky, ce qui en dit long sur l’a priori négatif que ses contemporains destinaient à ses écrits…

On a crié à l’imposture face aux allégations d’existence de cette langue et de ce livre car les orientalistes ne semblaient connaître d’ouvrages de ce nom !

Mais il est possible d’apporter aujourd’hui une réponse à cette négation.

En effet, depuis l’invasion du Tibet par la Chine et le pillage de ses trésors littéraires par les troupes de Mao Ze Dong, le transfert de nombre de manuscrits du Canon bouddhiste a permis une nouvelle approche de leur étude de la part du tibétologue David Reigle, sous le titre : « The Books of Kiu-Te or the Tibetan Buddhists Tantras. A Preliminary Analysis » (Wizards Bookshelf, San Diego, 1983).

Or, c’est précisément ce « vieux livre », appelé « Kiu-Té », découvert et dénommé ainsi, en 1983,  par le tibétologue, qui est la référence de Mme Blavatsky, référence encore niée, seize ans après cette découverte (1983-1999), par les détracteurs de cette dernière !

Comme l’écrit le tibétologue David Reigle : « Il est maintenant facile de voir que les deux divisions, le Dote et le Kiute, sont le Mdo-sde et le Rgyud-sde respectivement ; ou les divisions (sde) des Sutra (mDo) et du Tantra (rGyud) de la parole du Bouddha, le Kanjur »[2]

Il s’agit donc des Textes tantriques — c’est-à-dire magiques et de nature « yogique » — qui constituent donc le rGyud-sde (Kiu-te) au sein du premier élément du Canon Bouddhiste formé par le Kandjour.

H.P. Blavatsky donna des précision que l’origine de ce livre Kiu-Té qui est, en fait, un ensemble, comprenant, entre autres, « Le Livre de Dzyan ». Elle dit :

« Le Livre de Dzyan » — du mot sanscrit « Dhyan »
(méditation mystique) — est le premier volume des Commentaires des sept volumes sacrés de Kiu-té (qui sont joints ensemble) et un glossaire des ouvrages publics du même nom. On peut trouver en la possession des Gelugpa […] Lamas du Tibet, dans la bibliothèque de tout monastère, trente-cinq volumes de Kiou-té, écrits dans des buts exotériques, à l’usage des laïques, et aussi quatorze volumes de commentaires et d’annotations sur ces ouvrages, et qui sont l’oeuvre des traducteurs initiés. […] »

« D’autre part, les quatorze volumes des Commentaires — avec leurs traductions, leurs annotations et un considérable glossaire de termes occultes, tirés d’un petit volume archaïque, le Livre de la Sagesse du Monde — contiennent un digest de toutes les Sciences Occultes. Il paraît qu’ils sont tenus cachés, sous la garde du Téshou Lama [Panchèn Lama] de Tji-Gad-jé [Shigatsé]. Les livres de Kiu-té sont comparativement modernes, car ils ont été publiés dans les dix derniers siècles, tandis que les premiers volumes des Commentaires sont d’une incroyable antiquité, quelques fragments des cylindres originaux ayant pu être conservés. »[3]

Ces indications forment un ensemble quelque peu complexe…

Résumons :

« Kiu-Té » dénomme un ensemble de livres qui comporte :

  • 35 volumes accessibles à tous, de nature, donc, « exotérique » ;
  • 7 livres sacrés et secrets qui produisirent, au cours des siècles, 14 volumes appelés « Commentaires »
  • Le premier de ces 14 Commentaires est « le Livre de Dzyan » qui signifie « état de connaissance » en sanskrit. Ceci signifie qu’il s’agit d’un ouvrage dont le contenu est donné comme le fruit de la vision d’Adeptes ayant atteint un degré de conscience illuminée.
  • « La Doctrine Secrète » est une explication, une divulgation, une sorte de commentaire, de ce Premier Commentaire dit « Livre de Dzyan ».

En conséquence, le lien prévalant entre les Enseignements contenus dans « La Doctrine Secrète » et les « extraits du Tanjour et du Kanjour » eût pu être réellement et pertinemment constaté, à l’époque même de Madame Blavatsky, si un examen avait été mené de bonne foi… Or, c’est ce qui a le plus  fait défaut à ceux qui se sont penché sur ce qu’elle offrait au monde. Car, de fait,  c’est bien dans le Kanjour et le Tanjour que se trouvent, ainsi qu’H.P. Blavatsky l’avait elle-même déclaré, ces Livres de Kiu-Té et leurs Commentaires occultes qui sont, ensemble, la Source de son information.

Séparateur


[1] (Della Penna di Billi Francesco Orazio, “Breve notizia del regno del Thibet, 1730, republié à Paris dans le Nouveau Journal Asiatique, 1835).
[2] Reigle David « The Books of Kiu-Te, or the Tibetan Buddhist Tantras ; a Preliminary Analysis », San Diego (U.S.A.), Wizards Bookshelfs, 1983, p. 2.
[3] « La Doctrine Secrète », t.6, pp. 101-102. Ed. française Adyar.

Le « Kâlachakra »
document secret au sein du Kiu-Té

Lorsqu’en 1959, le Tibet fut pris par les communistes chinois, cent mille réfugiés fuirent le pays, emportant avec eux leurs possessions les plus précieuses. Parmi celles-ci se trouvaient les textes du Kâlachakra, incluant de nombreuses interprétations effectuées au Tibet durant les millénaires de son isolement.

Cet Enseignement Secret originel, appelé Kalachakra, ainsi qu’un supplément, tout aussi secret que le document précédent, étaient inclus dans le Kiu-Té et bien connus des Instructeurs de H.P. Blavatsky. Celle-ci eut donc elle-même connaissance de ce contenu.

Séparateur

 

I – Origines du Kâlachakra

Dans « La Doctrine secrète », Mme Blavatsky avait elle-même insisté sur l’importance de ce texte, le Kâlachakra, qu’elle définissait comme « le plus important ouvrage dans la division Gyut [rGyud ] du Kanjour, la division de la Connaissance mystique »[1]. Notons le fait remarquable que Mme Blavatsky connaissait parfaitement le livre de Kiu-Té sous son nom le mieux approché phonétiquement et que la corrélation entre le rGyud et le « Kiu-te » était pour elle évidente ; preuve, s’il en était besoin, que le mépris et la négation qui ont entouré son œuvre procèdent d’une totale mauvaise foi et d’une complète ignorance de son contenu.

Le Tibétologue David Reigle retrace de manière très suggestive l’histoire de cette division du Kiu-Té. Et cette histoire fait apparaître sous un jour nouveau l’origine des Enseignements révélés par H.P. Blavatsky :

  • Le Bouddha Gautama donna un Enseignement Secret au Roi de Shambhala, Suchandra.
  • Suchandra retourna dans son royaume et rédigea cet Enseignement en 12000 vers qui porta le nom de « Mûla Kâlachakra Tantra ». Il fut donc conservé à Shambhala pendant de nombreux siècles, inconnus du reste du monde.
  • Le Législateur Mänjusrîkîrti[2], le premier d’une lignée de 25 Législateurs[3], fit un résumé (car l’original en 12000 vers était devenu trop difficile à comprendre, même pour les habitants de Shambhala) de cet Enseignement Secret.
  • Législateur Pundarîka, successeur du précédent, écrivit à son sujet un vaste Commentaire appelé Vimalaprabhâ.
  •  Au Xe siècle de notre ère, un Pandit indien voyagea vers Shambhala et ramena en Inde le résumé du Kâlachakra Tantra, composé en 1047 vers, ainsi que son commentaire, le Vimalaprabhâ. Ceux-ci étaient écrits en Sanskrit puisque tel est le langage de Shambhala.
  • Au XIe siècle de notre ère, ces deux documents (Kâlachakra Tantra  et Vimalaprabhâ) furent amenés de l’Inde au Tibet et traduits dans la langue tibétaine. Maintenant ces traductions existent respectivement dans le Kanjour et le Tanjour tandis que des copies des originaux sanskrits ont été préservés au Népal.
  • Au Tibet, du Kâlachakra furent préservés pendant un millier d’années jusqu’à ce que survint la dévastation opérée par la l’invasion chinoise de 1959.
Kala Mandala

Tanka du Kâlachakra Tantra

II – Supplément secret donné au Kâlachakra

De nombreuses « interprétations » du Kalachakra furent faites au cours des siècles.

Suivons cette élaboration et cette transmission :

  • Un érudit tibétain, Budon (XIIIe siècle de notre ère) et son contemporain Dolpopa, firent respectivement des compilations et des commentaires sur les documents ((Kâlachakra Tantra  et Vimalaprabhâ).
  • Dolpopa fonda une École, appelée « Jonangpa » , liée au Bouddhisme tibétain, qui fut officiellement proscrite au XVIIe siècle  en raison de ses doctrines considérées comme hérétiques au regard du Bouddhisme « exotérique » officiel .
  • Târanâtha, un philosophe lié à cette École Jonangpa du XVIe siècle laissa quelques travaux sur le Kâlachakra qui sont d’une importance particulière car ils nous informent de la nature des « interprétations » du Kâlachakra que possédaient cette École. Nous apprenons ainsi que l’École Jonangpa étudiait  avant tout les Enseignements du Kâlachakra et du Tathâgatagharba. (Tathâgata-gharba = matrice des Tathâgata ; Tathâgata = Dhyani-Bouddha ou Dhyan-Chohan »). Le terme Tathâgata se trouve dans les textes sanskrit bouddhistes, Dhyani Bouddha est un équivalent forgé par les auteurs bouddhistes modernes, et Dhyan-Chohan est un équivalent utilisé dans les écrits théosophiques.

Le Tibétologue, David Reigle précise :

« Il est remarquable  que cet Enseignement (celui du Tâthâgatagarbha) tel qu’il est interprété par eux (les affidés de l’École Jonangpa), est en harmonie avec « La Doctrine secrète », et  constitue également ce en quoi « La Doctrine Secrète » diffère du Bouddhisme orthodoxe ».

Cette dernière remarque est extrêmement importante : en effet, c’est en raison des divergences constatées entre certains axiomes de la Théosophie et ce qui était accessible aux orientalistes, à l’époque de Mme Blavatsky, que le discrédit a été jeté sur l’authenticité de sa Doctrine.

Remarquons que Târanâtha affirme qu’immédiatement après leur introduction en Inde – en provenance de Shambhala – le Kiu-Te et ses Commentaires furent transmis secrètement de manière ininterrompue de Maître à Disciple « pendant près de 300 ans ». Ceci confirmerait le caractère profondément occulte des commentaires oraux dont les Instructeurs de Mme Blavatsky font si grand cas tout en soulignant le lien de leur Enseignement avec celui de la secte préservatrice, Jonangpa.

Séparateur

 

III – Transmission du supplément secret du Kalachakra au Panchèn Lama et aux Maîtres de Madame Blavatsky

Suivons encore le cheminement de ces textes secrets :

  • Le Grand réformateur du Bouddhisme Tibétain, Tsong-kha-pa (1357-1419) reçut la Tradition du Kâlachakra via les deux instructeurs qui précèdent,( Budon et Dol-po-pa).
  • Kedrupjé, disciple de Tsong-kha-pa, prépara une grande « interprétation » du Kâlachakra en 4 volumes, à côté de  plusieurs ouvrages plus courts sur le sujet. Kedrupje est considéré comme une des premières Incarnations des Panchen Lama.
  • La lignée des Panchèn Lama a donc continué la transmission de cette Tradition du Kâlachakra. Elle en est la protectrice particulière du Kâlachakraet son monastère, Tashi-lhunpo, a été le centre majeur des études sur le Kâlachakra au Tibet. Le Ier Panchèn Lama, (1569-1662) écrivit un commentaire secondaire sur le  Vimalaprabhâ d’après les travaux de Kedrupjé et fonda le Collège tantrique de Tashi Lhunpo.[4]
  • Le IIIe Panchèn Lama fonda le Collège du Kâlachakra à Tashi lhunpo dont le nombre des étudiants est limité à vingt-cinq.
  • Le Rituel du Kâlachakra fut obtenu auprès du Collège du Kâlachakra de Tashi-lhunpo par le VIIIe Dalaï Lama (Jamdpal Gyasto,1758-1805) lorsqu’il le visita qui le transmit à au Collège Nomgyal Dotsaang, une École tantrique privée du Dalaï Lama qui reçoit 16 étudiants adonnés au Kâlachakra.

Toutes ces données nous ramènent, de façon très précise, aux allégations de Mme Blavatsky concernant les Sources de « La Doctrine Secrète ».

David Reigle met un terme à sa démonstration en abordant la dernière énigme qui subsiste : l’identification des Stances de Dzyan, fondements de La Doctrine secrète[5].

Cet Universitaire déclare :

«  Depuis l’identification évidente des Livres de Kiu Te (rGyud-sde) comme étant les Tantra bouddhistes tibétains, en 1981, je me suis longtemps douté que le « Livre de Dzyan », duquel les Stances de « La Doctrine Secrète » étaient traduites, pouvaient être le Mûla (Racine) Kâlachakra Tantra perdu.  »

Il énumère cinq raisons qui fondent cette découverte et réhabilitent les allégations de Madame Blavatsky :

  1. Le texte abrégé qui subsiste du Kâlachakra est toujours placé en tête des textes du Kanjour ; pareillement, Madame Blavatsky  situe le « Livre de Dzyan » comme le « Premier des 14 volumes de Commentaires » du Kiu-Té.
  2. La localisation du plus grand centre d’étude du Kâlachakra était le monastère de Tashi lhunpo, adjacent à la résidence des Maîtres de Mme Blavatsky, à Shigatsé (Tibet).
  3. La référence à Shambhala est constante, dans la littérature théosophique, comme source de ses Enseignements ; elle est pareillement la référence du texte du Kâlachakra.
  4. Seul, le Kâlachakra, parmi les livres de Kiu-Té, accorde à la Cosmogenèse et à l’Anthropogenèse une place centrale. C’est également le cas de « Stances de Dzyan » dont « La Doctrine secrète » est un commentaire.
  5. Le terme « Dzyan » est une transcription phonétique tibétaine du sanskrit « Jnâna » qui signifie « la Connaissance-Sagesse ». Or, « Jnâna » est également le titre de la cinquième et dernière section du Kâlâchakra.
Séparateur

 


[1] « La Doctrine Secrète », vol. VI, p. 82.
[2] Jam-dpal Grags-pa en tibétain.
[3] Kalkis en sanskrit et Rigden ou Rigs-ldan en tibétain.
[4] Le IIIe Panchèn Lama (1737-1780) écrivit le plus fameux des « Guides vers Shambhala ». Son guide semble être fondé sur celui du Tanjour, (le Kalâpâvatârâ), traduit par Târanâtha à partir d’un original sanskrit maintenant perdu. Le nom de Shambhala a donc toujours été relié à « la Sagesse sans Âge. »
[5] (D. Reigle, « Light on the Dzyan : Kalachakra », Symposium on H.P.Blavatsky’s Secret Doctrine, Proceedings Sat. & Sun. Juillet, 21-22, 1984, Wizard Bookshelf, San Diego, California. )