Splendeur et misère d’une accusation :

Helena Petrovna Blavatsky aujourd’hui

 

Helena à Londres

Rappelons la phrase assassine du Rapport Hodgson qui devint le fondement de toute opinion ultérieure sur l’Initiée russe « Pour notre part nous ne la regardons pas davantage comme le porte-parole de prophètes cachés que comme une simple et vulgaire aventurière ; nous pensons qu’elle a conquis le droit à une perpétuelle mémoire en tant que l’un des plus accomplis, des plus ingénieux, et des plus intéressants imposteurs de l’histoire.»

Cette phrase faillit tuer H.P. Blavatsky. En réalité, elle, qui fut accusée d’être un imposteur, ne se remit pas jusqu’à sa mort de cette véritable imposture.

Le Dr V. Harrison rappelle, d’ailleurs, que la sentence accablante du Rapport de 1885 a, depuis sa publication, donc depuis un siècle « a été citée livre après livre, encyclopédie après encyclopédie, sans que soit aucunement suggéré qu’elle puisse être fausse »….

Pendant un siècle le débat restera ouvert. D’une part les tenants de ce Rapport qui confortait ceux et celles qui se dressaient contre elle pour d’autres motifs ; en fait, il arrangeait bien des consciences. D’autre part, ceux qui savaient très bien que « les phénomènes » n’étaient pas « truqués » pour en avoir été témoins eux-mêmes et, pour certains, pour avoir reçu une ou plusieurs de ces fameuses « Lettres » envoyées par un Mahatma, très loin de la présence de Madame Blavatsky.

Toutefois, la dénonciation — officiellement acceptée par la S.P.R. — par V. Harrison du Rapport Hodgson ne fut pas un événement !… Elle eut moins de retentissement que n’en eut la sentence finale du Rapport Hodgson de 1885 ! Faut-il comprendre, par ces réactions, que l’engouement de l’être humain va plus facilement vers les révélations de scandales et de bassesses que vers ce qui, au contraire, ne l’est pas ?

La façon dont les « preuves » de la culpabilité de Mme Blavatsky ont été prises en considération, depuis un siècle, est l’illustration même des difficultés rencontrées dans l’abord des sujets propres aux disciplines ésotériques. La procédure d’enquête employée est fautive sur tous les points. Elle est entachée de subjectivité au point d’ignorer systématiquement les éléments contraires aux a-priori avec lesquels les problèmes sont abordés.

Le poids de ces préjugés est tel qu’une accumulation d’erreurs grossières et d’affirmations péremptoires, peut, un siècle durant, être prise au sérieux par des compilateurs qui ne se donnent pas même la peine de vérifier la validité de leurs sources.

L’ignorance dans les domaines de la Philosophie Esotérique est aujourd’hui presque absolue, parce que les rares tentatives qui ont été faites pour la divulguer ont toutes été accueillies avec la même mauvaise foi. Quiconque en rend témoignage en terme positifs est déclaré menteur ou stupide.

Il suffit pour s’en rendre compte de regarder les articles d’encyclopédie consacrés à Paracelse (que l’on juge sans le lire et qu’on lit sans le comprendre), à Alexandre de Comte de Cagliostro (lequel ne fut jamais le Joseph Balsamo des Jésuites), au Comte de St Germain (dont peu s’avisent qu’on le confond avec un aventurier, un certain Gauber, qui s’amusa — à la demande du Ministre Choiseul — à singer ses faits et gestes dans les salons parisiens).

Madame Blavatsky ne pouvait faire exception. Un siècle plus tôt, elle eût terminé sa carrière dans les cachots de l’Inquisition, en compagnie de Cagliostro. Elle aura seulement enduré les calomnies de la Société Psychique de Londres, d’un Papus ou d’un Guénon. Mais lorsqu’elle s’éteignit à Londres, le 8 mai 1891, elle emporta en elle ce qui, selon Platon, constitue un préjudice plus grave que celui s’être condamné à mort pour ses idées : la calomnie publique.

Toutefois, ces salissures ne semblent se laver si facilement ! En effet, sans omettre les témoignages laudatifs, non seulement de ceux qui l’appochèrent mais ceux émis par des spécialites en matière de religions, d’orientalisme et de philosophie, les mise au point en 1986 du Dr V. Harrison et celle de Walter A. Carrithers (alias A. E. Waterman) ne parviennent pas encore à faire accepter par ceux qui se sont auto-définis comme l’ élite — la seule — pensante de l’Esotérisme, Madame Blavatsky et « sa » Doctrine Secrète.

Et de fait, celle-ci gêne par son contenu unique. Elle gêne ceux qui sont par trop pétris de judéo-christianisme — bien qu’ils s’en défendent — et qui préfèrent — pour certains — s’en tenir à des réunions « entre soi » et ne rechercher que la valorisation de leur égo plutôt que de s’ouvrir à tout autre discours susceptible de remettre en question et leurs croyances et leur légitimité à véhiculer la Tradition.