
Issue de l’Atlantide puis du Nord de l’Inde1, des centaines de milliers d’années avant J.-C., puis transmise à l’Égypte, à la Chaldée, et, comparativement de façon plus récente, en Grèce, la Connaissance des Lois Universelles régissant l’Univers (le Macrocosme) et l’homme (le Microcosme) ainsi que la mise en œuvre de celles-ci (donc les pratiques liées à l’ascèse fondant l’évolution harmonieuse de l’être – Voir Théurgie-Magie Divine (1) était dispensée dans des Temples auxquels pouvaient accéder tout homme et toute femme instruits et dont l’éthique intègre était solidement éprouvée.
Cette divulgation avait lieu au sein de groupes restreints lesquels formaient la Hiérarchie des Écoles de Mystères ou Temples Initiatiques. La majorité de l'humanité, quant à elle, ne s'attachait, ainsi que nous l'avons déjà souligné, (voir Tradition Ésotérique et Religions 3-2-4) qu'aux expressions allégoriques des Lois Universelles que sont les Religions, c’est-à-dire les « Cultes officiels » que chaque ethnie célébrait de manière tout à fait ouverte aux grandes masses et que l’on réunit actuellement sous l’étiquette de « Paganisme ». Aussi ces Cultes « païens » furent-ils le canal le plus visible et le plus tangible de ce que fut autrefois ce Savoir Saint derrière lesquels se cachait ce dernier.
Ces Temples fonctionnèrent pleinement dans les temps très lointains et pendant des milliers d’années, en Inde, en Perse, dans l'Ancienne Égypte et encore dans la Grèce Antique, et ils transmirent l'Enseignement des Réalités Universelles.
Toutefois, cette Connaissance Antique s'occulta de plus en plus car son fondement le plus efficace, la Théurgie (1), constituait un instrument de destruction aux mains d'hommes à l'éthique peu sûre qui avaient eu accès à ce Savoir Sacré (ce pouvait être la caste des prêtres elle-même).
Ainsi dès le IV° siècle av. J.C., l'accès à cet Enseignement dans les Temples d'Égypte devint-il de plus en plus difficile (le Temple d'Héliopolis continua d'officier discrètement jusqu'à ce que Théodose 1er, en 389 de notre ère, ordonnât la fermeture de tous les Sanctuaires de la vallée du Nil). Il perdurait, certes, et d'illustres Philosophes Grecs purent s'y faire initier bien après ce retrait officiel mais cette Quête était devenue plus ardue et, au V° siècle avant J.C., même en Grèce, les Grands Mystères, Écoles de Sagesse secrètes, étaient déjà tombés en désuétude. Il en était de même des Écoles de Sagesse Chaldéennes qui continuaient à diffuser l'Enseignement de façon plus que secrète.2
C’était donc cette Doctrine Hermétique ou Doctrine Secrète que Pythagore de Samos divulguait à Crotone au VIème siècle avant J.-C. et dont Platon, qui avait beaucoup appris en Égypte3, révélera un siècle et demi plus tard les aspects essentiellement philosophiques. Ceux-ci recelaient notamment le concept de la Triple Nature Divine dont se sont emparés les Pères de l’Église, près de huit siècles plus tard, afin d’asseoir le Dogme de la Sainte Trinité. À Alexandrie d’ailleurs, un siècle avant J.-C., les Juifs divulguèrent un traité de Philosophie contenant les préceptes de l’École Platonicienne. Cet ouvrage devint pourtant, pour les Pères, “le Livre de Sagesse de Salomon” dont aucun original en hébreu ne fut jamais trouvé.
Toutefois, à la fin du IIème siècle de notre ère, la Tradition Ésotérique commençait à se restructurer en Occident. Elle était diffusée à Athènes et à Alexandrie où, Ammonios Saccas, abordait dans ses cours, sous le nom de “Théosophie Éclectique”, (Voir Le mot « Théosophie » : ses origines néoplatoniciennes 5-1-1-1-1) aussi bien la Cosmogénèse (Étude de l’Essence Divine infinie de l’Univers, Se manifestant par des Mondes: Mathématiques, Astronomie, etc.), l’Anthropogénèse (Étude l’homme en tant qu’aspect de l’Âme Universelle) et la Théurgie. Ce dernier ou troisième aspect de l’Enseignement, ainsi que l’appréhension exhaustive des deux précédents, était confidentiel. Cependant, la Théurgie (1), en raison de la confusion qui en était faite avec la sorcellerie, fut rejetée, dans un premier temps, par les disciples - mêmes d’Ammonios (Plotin, et le successeur de ce dernier, Porphyre); puis ceux-ci l’adoptèrent —mais jamais officiellement— à la suite de leur propre Initiation et du brillant exposé de Jamblique dans son “De Mysteriis” sur cette Science Divine.
Une diffusion plus ouverte du Contenu de la Tradition Ésotérique (3-2-2), fondée sur les Enseignements “exotériques” de Platon, se fit au IIIème siècle de notre ère et donna naissance à l’École “Néoplatonicienne”. Les textes et discours officiels de ces auteurs se référaient à l’aspect purement philosophique car les pratiques devant mener à l’extase —dont la “Catharsis” (purification) par la Théurgie— n’étaient pas divulguées.
Un siècle après, à la fin du IVème siècle, les Pères de l’Église se résolurent à détruire le Platonisme et, dans ce contexte général d’ignorance violente, “la théorie de la persécution fut établie par Théodose dont les saints de l’Église ont loué la justice et la pitié.”4
C’était donc cette Connaissance véhiculée par la Tradition Ésotérique, cette Doctrine Hermétique, qu’enseignait, en partie, publiquement, Hypatie dont l’horrible meurtre en mars 415 mit fin à la protection dont bénéficiaient les Adeptes de l’École Néoplatonicienne d’Alexandrie en raison de l’heureuse influence qu’avait exercé la jeune femme sur Orestes, Préfet d’Égypte et résidant dans cette ville. Déjà, en 3915, le Sérapeum, “fille” de la Bibliothèque d’Alexandrie, qui contenait de précieux témoignages de la Connaissance, avait été mis en pièces et les parchemins jetés au feu6. Une horde de fanatiques avait tout saccagé, pendant que Théophile, son Évêque, “excitait l’assistance”7... La mort d’Hypatie reste donc le symbole du tournant décisif qui s’opéra au Veme siècle de notre ère quant à l’évolution ultérieure des peuples du Moyen-Orient et d’Occident.
Cette destruction, “dont les chefs spirituels de l’Église dirigeaient ou plutôt excitaient la furie”8, substitua au “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux”, la devise qui allait gouverner les esprits jusqu’aux premiers pas de la Science Moderne: “Crois, sans chercher à savoir”. Étaient ainsi évitées des investigations très dérangeantes sur l’origine non seulement de certains dogmes du Christianisme mais aussi des Sacrements et du Cérémonial Théurgique de ce dernier.
En effet, en 312 de notre ère, par l’Édit de Milan, l’Empereur Constantin 1er non seulement fit cesser toutes les persécutions à l’égard des Chrétiens – ce qui fut un bien en soi – mais donna implicitement au Christianisme les prérogatives d’une religion d’État. À partir de ce moment là, la Tradition Ésotérique, enseignée encore furtivement par les Mystères et voilée –mais présente – dans les Cultes religieux non chrétiens de l’époque, commença à subir les assauts qui allaient la mener à sa totale disparition de l’Empire Romain d’Occident (c’est-à-dire de ce qui forme pratiquement l’Europe actuelle) et de l’Empire Romain d’Orient (la Grèce, une partie de l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Afrique du Nord). Cette obscuration fut parachevée par les Édits de Théodose 1er qui ordonna en 389 la fermeture des sanctuaires de la vallée du Nil et qui interdit rigoureusement en 392 tous les Cultes anciens.
Cependant, dès le II° siècle de notre ère, malgré la tentative de résurgence avec Ammonios Saccas de l'École d'Alexandrie, tous les manuscrits les plus secrets relatifs à cette Sainte Sagesse furent discrètement acheminés en Orient, au Nord de l'Inde qui les préserva.
En effet, la Tradition Ésotérique vivace déjà dans les Écoles secrètes Védiques, au Nord de l’Inde, bénéficia de l’apport de ces manuscrits. Elle se concentra, à partir du VIIème siècle, au Tibet qui détenait depuis des millénaires le Fonds des Annales Occultes de notre Planète. Le Tibet allait préserver ainsi, dans le silence de ses Monastères inaccessibles - les Mathams - la Mémoire humaine.
Ainsi donc, lorsque Théodose 1er commença à prendre des mesures totalitaires à l'encontre des Religions anciennes, frappant mortellement la Tradition, celle-ci, pour ce qui était de ses écrits essentiels en provenance du bassin méditerranéen, était mêlée à l’ancien fonds Indo-Tibétain et préservée dans le lointain Orient.

1 L’Inde est considérée comme « point de départ » - 850.000 ans environ avant J.C. - car une explication plus vaste deviendrait une exégèse, ce que H.P. Blavatsky fit mieux que quiconque dans « La Doctrine Secrète ».
2 Toutefois le Temple d’Héliopolis continua d’officier secrètement jusqu’à ce que Théodose 1er ordonnât la fermeture de tous les sanctuaires de la Vallée du Nil.
3 « Platon parcourut l’Égypte afin de recevoir des prêtres étrangers la Science des Nombres et des choses célestes » : Cicéron, « De Finibus », V, 25.
4 Théodose 1er et ses édits, cités dans la note 6. Cf. E. Gibbon. Ibidem.
5 Destruction du Serapeum : « A. Marcellin donne comme date 389 et Prosper 391.
6 Le Serapeum ou Temple de Sérapis se trouvait dans le quartier égyptien de Rhacotis. Il était dépositaire de milliers de rouleaux qui étaient des doubles de ceux que contenait le Musée.
7Cf. E. Gibbon. Ibidem
8 Cf. E. Gibbon. Ibidem
